La FDNB au Sud-Kivu : entre la traque, le blocus comme décision stratégique et des actions de rapprochement entre les communautés en conflit

Contexte   Depuis août 2022, les forces de défense nationale du Burundi sont présentes dans la plaine de la Ruzizi, afin de traquer les rebelles burundais en marge de TAFOC. Si, trois ans auparavant, ces forces burundaises pénétraient dans l’espace congolais avec ou sans autorisation, elles se liaient à des groupes armés, tels que les Mai-Mai et les Gumino Banyamulenge, dans les chefferies des Bafuliru et Bavira. En 2022, leur arrivée avec les FARDC a contraint de nombreux groupes armés à se rallier à eux et à leur fournir des renseignements géographiques afin de dénicher les retranchements des rebelles burundais du FNL d’Aloyse Nzabampema ou de Kisiga et Jean Claude Bayaga (Five One). Dans le même contexte, la situation sécuritaire au Nord-Kivu était caractérisée par la résurgence du M23 en novembre-décembre 2021 et par son extension vers Rutshuru, Bunagana et Masisi. À cette période, les Burundais n’étaient pas encore impliqués dans le conflit entre le Rwanda et la RDC, car la RDC accusait le Rwanda de soutenir le M23. Pour rappel, à cette période, l’AFC de Nanga n’avait pas encore rejoint le M23 de Willy Ngoma, qui communiquait souvent. Comment se fait-il qu’ils soient aujourd’hui perçus comme des ennemis, ou considérés comme une armée dont le but serait de commettre des crimes de masse contre les Tutsis et les Banyamulenge du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ? En novembre 2025, une marche de protestation a eu lieu au centre de Minembwe, au cours de laquelle les communautés Banyamulenge se sont dressées comme un seul homme pour dénoncer le blocus de la FDNB après son déploiement à Mikalati, dans le groupement de Balala Nord, secteur de Tanganyika. Auparavant, des médias rwandais pro-M23 et des acteurs politiques avaient déjà protesté, ainsi que des délégations de l’AFC/M23. Ensuite, une délégation des MRDP/Twirwaneho s’est rendue à Gitega pour plaider en faveur d’un couloir humanitaire auprès du président burundais. En marge de l’extension de l’EAC/RF, comment expliquer la présence de la FDNB à l’est du Congo, au-delà des termes de la coopération militaire entre le Burundi et la RDC ? Ce papier vise à expliquer, à travers une approche de défense et de sécurité, les motivations derrière cette présence ainsi que les actions qu’elle mène en faveur de la cohésion locale, actions peu relayées dans les médias publics, alors que certains médias en ligne burundais et rwandais accusent cette armée de commettre des crimes et de s’impliquer dans les activités minières entre 2022 et 2024.   Coopération militaire   Pour mieux comprendre la présence de la FDNB au Congo, il convient de la distinguer du Rwanda, qui a déployé des mesures de sécurité en raison de la résurgence de la rébellion de l’AFC/M23, qui viole également l’espace aérien congolais à l’aide d’aéronefs en provenance de ce pays, comme l’ont mentionné les experts de l’ONU dans leur rapport du 3 juillet 2025. Le droit et la pratique diplomatique et consulaire expliquent les questions relatives aux accords (commerciaux, économiques, culturels, de défense, etc.) que des États peuvent conclure. Ces accords peuvent être bilatéraux ou multilatéraux. Pour ce qui est de la RDC et du Burundi, il s’agit d’accords bilatéraux, bien que ces derniers n’aient jamais été présentés ni au Parlement national congolais ni au Parlement burundais. Espérons qu’il s’agit d’accords en forme simplifiée (AFS), comme on dit en relations internationales et en pratique diplomatique et consulaire. Par ailleurs, si le déploiement de la FDNB ne s’est pas limité au Sud-Kivu, il s’est également étendu au Nord-Kivu, après le retrait de la force régionale de l’EAC/RF.   Jamais le Sud sans le Nord   La RDC avait désapprouvé le manque d’engagement de la force régionale de l’EAC/RF contre les combattants de l’AFC/M23 dans les zones de Masisi et Rutshuru. Elle avait exigé son retrait ; d’ailleurs, la FDNB en faisait partie. Alors que Kinshasa n’avait pas renouvelé leurs mandats, ils sont rentrés chez eux, malgré leurs plans. Cependant, après avoir conclu des accords avec le Burundi, certaines de ses forces sont restées en RDC et d’autres ont été déployées au Nord-Kivu, ce qui a permis à la FDNB d’être présente dans les deux provinces. Venant tantôt en tenue des FARDC ou autrement, ils ont été déployés à Mubambiro, Sake et ailleurs dans le Nord-Kivu. D’autres se sont déployés au Sud-Kivu, vers Kalehe, où les Burundais étaient stationnés à Numbi, sur la terre rouge, etc. Bref, une présence à la fois au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Depuis la prise de Goma, ceux qui étaient à Bukavu se sont déplacés vers le sud. Et lors de la prise de Bukavu, le repli a contribué à ce que les verrous soient à Luvungi, sur les hauts plateaux d’Uvira, de Fizi et de Mwenga, ainsi que dans la plaine de la Ruzizi.   Contraignement et initiatives de cohésion   La présence de la FDNB est motivée par des raisons de sécurité et de défense, tant pour le Congo que pour le Burundi. D’abord, pour ces deux pays, les rebelles des FNL et des RED Tabara constituent une menace qu’il faut éradiquer. Alors que ces deux pays accusent le Rwanda de soutenir les RED Tabara depuis des années, ces opérations étaient nécessaires. Entre-temps, l’AFC/M23 a poursuivi les combats contre les FARDC, a fait des prisonniers parmi les FDNB et en a tué d’autres. Puis, comme cette rébellion menace autant le Burundi que la RDC, on peut anticiper la réaction de ces pays face à la menace de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda. Dans les hauts plateaux de Fizi et de Mwenga, les Twirwaneho Banyamulenge, qui avaient bénéficié de patrouilles de l’armée burundaise entre 2022 et 2023 à Minembwe et Mikenge 1, dans leurs camps de déplacés, ont décidé de les chasser lorsque l’AFC/M23 a pris Bukavu. Ces derniers ont scellé une coalition tandis que les Twirwaneho devenaient un mouvement politico-militaire. Les FARDC ont été chassées et ont pris la menace au sérieux. Le MRDP/Twirwaneho est alors devenu une menace grave, au même niveau que l’AFC/M23, pour les FDNB et les FARDC. Ainsi, tout

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Arènes Humanitaires
Josaphat Musamba

Que sait-on de l’ultimatum de 10 jours enjoignant les Banyamulenge à quitter la ville d’Uvira sous peine d’être exterminés ?

Introduction En septembre 2025, les réseaux sociaux ont été inondés de publications dénonçant un ultimatum de dix jours visant les Banyamulenge à Uvira. Ces alertes sont liées à une audio partagée dans de nombreux groupes WhatsApp, tant pro-MRDP/Twirwaneho que pro-AFC/M23, ainsi que dans des groupes de communautés locales. Des médias pro-MRDP/Twirwaneho et AFC/M23, des Belgo-Congolais, une ancienne réfugiée originaire de l’ex-Yougoslavie, naturalisée française, et certains Belges engagés dans cette question ont largement relayé l’information. Cette question a été prise en compte par des acteurs politiques, notamment Me Moïse Nyarugabo, qui développait précédemment ses inquiétudes sur l’extermination des Banyamulenge dans une conférence de presse à Goma, qui se sont élevées contre ce qu’ils qualifient de plan d’extermination de leurs frères. Pour clore, les Rwandais et des médias proches du pouvoir dans ce pays se sont lancés dans ces débats sans apporter la moindre preuve concernant l’auteur de l’audio et du message dangereux incitant à chasser les Tutsis Banyamulenge de la ville d’Uvira. Or, la ville d’Uvira venait de vivre une période de tension prolongée, liée à la contestation de la réaffectation à son poste d’un officier congolais de la communauté banyamulenge dans la 33e région militaire. Comment expliquer que le plan d’extermination n’ait pas pu être mis en œuvre deux mois plus tard ? Cette réflexion poursuit deux objectifs. Le premier est d’expliquer les faits contradictoires relatifs à la manipulation de l’opinion internationale, nationale et locale par rapport aux risques de diffusion de fausses informations et à leurs impacts sur les rapports entre les communautés ; le second est d’apporter les versions les moins documentées de la perception des communautés présentées comme exterminatrices des Banyamulenge dans la ville d’Uvira. Il se concentre sur quelques points en marge de l’introduction et de la conclusion (qui présente un tableau de la situation actuelle à Uvira). Le premier point analyse le feuilleton sur Olivier Gasita, le deuxième discute des idéologies à l’origine de la conflictualité entre les groupes ethniques, et le troisième souligne les traces de la manipulation par les marketeurs de la violence. Feuilleton Olivier Gasita En août 2025, le commandement national des FARDC a redéployé son agent dans son poste de commandement à Uvira, où se trouve le quartier général des FARDC. Contre toute attente, ce dernier a été contesté dès son arrivée par les membres de la société civile, des mutualités tribales et des groupes Wazalendo. Certains l’ont contesté en raison de son faciès, car il est Munyamulenge, tandis que d’autres sources ont souligné qu’il n’était pas contesté pour son faciès, mais parce qu’ils le soupçonnaient de collaborer avec l’ennemi pour avoir laissé tomber la ville de Bukavu. D’autres raisons ont été évoquées par les Wazalendo : s’il arrivait, il compromettrait les rapports entre eux et les FARDC. Malgré la résistance et les manifestations, le général Olivier Gasita a fini par repartir, d’abord à Kalemie, puis à Kinshasa. Bien entendu, les Banyamulenge étaient la cible d’attaques, de blocus dans leurs maisons, et d’autres étaient interdits d’accès aux robinets publics. Bref, certains groupes armés Wazalendo en voulaient à d’autres. Bien que le maire de la ville ait été conciliant et que les communautés invitées aient été reçues, le climat n’a pas changé soudainement. Même s’il est parti, son retour à Uvira a coïncidé avec la résurgence de la haine contre les Banyamulenge, alors qu’ils vivent dans ces conditions. Pour rappel, la police et l’armée avaient déployé des forces dans certains quartiers. Ces conflits de longue date persistent ; les gens y vivent et investissent des espaces de cohabitation, des mesures de survie dans cette ville et ses périphéries. Idéologies et conflictualités ethniques Dans la ville d’Uvira, si des initiatives tribales ont tenté de discuter, d’échanger ou de faire se rencontrer les sages dans le cadre de projets communs de cohésion sociale, les idéologies de haine (ouvertes ou cachées) sont ancrées dans les institutions, les familles et les cercles sociaux au sein des groupes ethniques d’Uvira. En raison de leurs luttes et de leurs conflits, qui se sont étendus dans la ville, les tensions et les conflits sont classés par ordre de priorité. La première idéologie est celle de l’antitutsisme. Cette dernière consiste à présenter les Tutsis comme des criminels, des étrangers et des personnes qui doivent rentrer au Rwanda. Certains écrits vont même jusqu’à les considérer comme des terroristes et des envahisseurs. Enracinée dans les discours de légitimation de certains groupes armés pro-x ou pro-y, elle cimente leur lutte, oriente leurs ennemis et leurs actions. La deuxième idéologie a été développée par les Banyamulenge, des Tutsis du Rwanda et du Nord-Kivu, contre les Vira, les Fuliru et les Nyindu, selon les groupes ethniques. Commençons par celle anti-Vira. Si les rapports de force sont énormes entre les jeunes dans la ville d’Uvira, les Banyamulenge ne sont présents que dans des quartiers comme Songo, Bien Mal Acquis, Kabindula et Kimanga. Ces derniers, même s’ils ne le disent pas, nourrissent également de la haine envers les Vira. Leurs conflits autour des terres et du pouvoir coutumier structurent l’antivirisme des Banyamulenge. Ensuite, le même groupe ethnique nourrit l’idéologie anti-Fuliru, l’antifulirisme. Cette idéologie consiste à nier les morts des Fuliru, à nier qu’ils sont affectés par leurs violences et à les présenter au monde entier comme des génocidaires, alors que ce n’est pas le cas. Enfin, coexiste une idéologie anti-Nyindu, ou anti-Nyinduisme. Elle consiste à les considérer comme des ennemis, à les affronter, à nier leurs morts et à éliminer leurs chefs locaux dans le cadre d’une politique interne des Banyamulenge à saisir et/ou dans leurs discours cachés. En résumé, ces personnes évoluent ensemble dans ces contextes idéologiques, marqués par des expulsions massives, des rejets et des haines mutuelles. Marketeurs de la violence ? Comment les marketeurs de la violence (Congolais, belges et binationaux) ont-ils utilisé cette audio pour alerter et manipuler l’opinion nationale, internationale et mondiale ? Premièrement, cette alerte a été diffusée dans des groupes WhatsApp et partagée dans la province du Sud-Kivu, dans celle du Nord-Kivu et ailleurs. On y écoutait une personne donner un ultimatum aux Banyamulenge :

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Sud-Kivu : quand l’or attise les rivalités ethniques — Enquête sur l’héritage explosif de TransAfrika DRC

Josaphat Musamba Laupier Nakitumba Mukwatwa Halisi Lucien L’or du Sud-Kivu, entre promesses de richesse et champs de bataille Dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, l’or ne brille pas pour tout le monde. Plus de dix ans après le départ de la société minière TransAfrika DRC, ses anciennes concessions continuent de nourrir des conflits meurtriers entre communautés et groupes armés. Ce qui devait être un levier de développement s’est transformé en un héritage explosif, où les rivalités ethniques se mêlent aux luttes pour le contrôle du sous-sol congolais et la protections des villages contestés ou au cœurs des conflits et des pratiques de sécurisation. TransAfrika DRC, un permis minier annulé et un vide stratégique ? Créée au milieu des années 2000, TransAfrika DRC s’installe officiellement à Minembwe en 2008, entre les territoires de Fizi et Mwenga. Avec un siège à Bukavu et près de 200 carrés miniers contigus, la société promet d’apporter des emplois et de désenclaver une région marquée par les guerres. Elle réhabilite des routes de seserte agricoles, installe des bureaux à Kiziba et commence l’exploration de sites aurifères comme Bigaragara, Rugezi ou Kiziba. Mais très vite, l’entreprise se heurte à la réalité d’un territoire miné par les rivalités identitaires et des conflits armés. Les zones qu’elle explore et exploite sont situées à la frontière des communautés Banyamulenge, Bembe, Fuliru et Nyindu, dont les tensions remontent aux années 1990 et au-delà. Le souvenir des guerres de « libération », menées par l’AFDL et ses alliés rwandophones, y reste vivace. Par ailleurs, en 2014, le ministère congolais des Mines retire à TransAfrika DRC son permis de recherche n°6061, l’accusant d’inactivité prolongée. L’entreprise ne dépose aucun recours et, deux ans plus tard, le permis est définitivement annulé. Les 200 carrés miniers passent alors sous la tutelle du Centre de recherches géologiques et minières (CRGM). Mais dans les faits, aucune structure publique ne vient occuper le terrain. Les sites miniers, laissés à l’abandon, deviennent la proie de groupes armés locaux et étrangers malgré la présence du bureau minier détaché. Les mines, conflits ethniques et du cocktail explosif Aujourd’hui, les anciens sites de TransAfrika DRC sont le théâtre d’affrontements constants. Des groupes armés comme les MRDP-Twirwaneho (proches des Banyamulenge), les FABB/CPLC (proches aux Fuliru et alliées aux Bembe), ou encore les rebelles RED-Tabara venus du Burundi, se disputaient le contrôle de villages stratégiques tels que Bigaragara et Rugezi. Par contre, l’or extrait artisanalement finance depuis longuement la guerre aussi bien des banyamulenge que les autres groupes ethniques. Des alliances se font et se défont au gré des offensives : les uns accusent les autres de piller les ressources, tandis que les civils paient le prix fort. Depuis 2022, la Task Force Commando (TAFOC), composée de soldats congolais (FARDC) et burundais (FDNB), tente de reprendre la main sur ces zones. Mais leur présence militaire renforce parfois la méfiance des populations locales, qui y voient une nouvelle forme d’occupation. Récemment la FDNB a été contestée par les Banyamulenge bien qu’elle les avait sécurisé contre les groupes armés Mai-Mai à Mikenge1. Dans cette région montagneuse, les rivalités ethniques se confondent avec les intérêts économiques. Pendant que les Banyamulenge, souvent accusés d’être favorisés par le pouvoir ou liés à des forces extérieures, sont perçus comme des « occupants » par les communautés Bembe et Fuliru, historiquement majoritaires dans la plaine et ailleurs dans les Hauts plateaux . À l’inverse, ils se battent et estiment défendre leurs terres ancestrales face à une coalition d’ennemis décidés à les chasser. C’est dans ce contexte que la création de la commune rurale de Minembwe en 2019 a mis le feu aux poudres. Considérée par certains comme une reconnaissance politique des Banyamulenge, elle a été rejetée par les autres groupes, qui y ont vu une menace à leur souveraineté locale. Les affrontements ont repris, entraînant un exode massif des civils et la destruction de nombreux villages. Enfin, la faiblesse étatique est un facteur significatif. Alors que les institutions minières congolaises devraient encadrer l’exploitation des anciens sites de TransAfrika, aucun projet concret n’a vu le jour. En l’absence de contrôle officiel, l’exploitation artisanale s’impose, encadrée par des milices. L’or s’achète, se taxe et s’exporte dans la clandestinité. Pour les habitants, cette économie parallèle est devenue à la fois une ressource de survie et une malédiction : elle nourrit la guerre tout en prolongeant la pauvreté. « Tant que l’État ne reprendra pas ses droits, ces mines resteront des zones de non-droit », alerte un chercheur local cité dans le rapport. Des perspectives et miroir du Congo minier Si certains acteurs locaux refusent de céder au fatalisme, des chercheurs, des ONG et des représentants communautaires proposent la relance d’une coopérative minière locale — la COMCAM (Coopération minière des exploitants de Minembwe) — pour encadrer l’exploitation artisanale et favoriser la coexistence pacifique. Une telle approche, affirment-ils, permettrait de transformer la mine en levier de réconciliation plutôt qu’en instrument de division. Mais pour cela, il faudra plus qu’une bonne volonté : une volonté politique claire, un encadrement légal et un retour de la confiance entre communautés. L’histoire de TransAfrika DRC n’est pas seulement celle d’une entreprise disparue. C’est le reflet des contradictions d’un pays où les ressources naturelles, au lieu d’unir, divisent.Elle montre comment la faiblesse de l’État, la méfiance entre groupes ethniques et la convoitise internationale peuvent transformer des simples carrés miniers en poudrière. Au-delà du Sud-Kivu, ce drame rappelle que la paix en RDC passera aussi par une gestion équitable et transparente de l’or, du coltan et des terres rares. Car tant que les villages ainsi que l’économie du sous-sol seront contrôlés par les armes, aucune paix durable ne pourra s’installer sur les hauteurs de Minembwe ; Fizi et Itombwe. Cliquez ici pour télécharger le rapport

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L’initiative CENCO-ECC a-t-elle pris en compte l’inclusion au niveau local ?

Introduction Au premier trimestre de l’année 2025, les deux plus grandes villes de l’est du Congo ont été conquises par les rebelles de l’AFC/M23, avec l’appui des Forces de défense rwandaises. Cette prise de contrôle a été rendue possible par d’intenses et rudes affrontements. Dans le contexte de l’état de siège décrété dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu, la rébellion a pris le contrôle de ces zones et y maintient une présence depuis plus de huit mois. L’occupation de la ville de Goma a engendré une crise humanitaire majeure, caractérisée par une vulnérabilité accrue de la population. Des personnes déplacées à l’intérieur du pays ont dû regagner leurs villages, dont la sécurité est compromise. Ce retour a engendré un bilan humain défavorable au sein de la population urbaine. En réponse à cette situation, le mouvement rebelle avait déployé une stratégie de gouvernance marquée par la violence et l’intimidation. Par contre, en mobilisant sa stratégie militaire, l’armée congolaise avait procédé à un retrait stratégique de la ville de Bukavu. Cette manœuvre a permis à l’insurrection de prendre le contrôle de la région avec sa campagne de Kalehe. Malgré l’opposition des forces en présence, les tirs de grenade et les politiques de violence menées par les autorités de l’AFC/M23, elle a réussi à prendre le contrôle de la ville. Dans un contexte de violence et de famine, les rebelles ont mis en place des politiques révolutionnaires violentes qui pourraient ou pas engendrer des conflits futurs. Une analyse détaillée de la couverture médiatique de la prise de la ville de Goma a révélé que de nombreux journalistes s’y étaient rendus pour couvrir les événements. Parallèlement, des procédures de rapatriement des mercenaires vers leur pays d’origine ont été mises en œuvre. Concomitamment, les évêques de la CENCO et les pasteurs de l’Église du Christ au Congo se sont rendus à Goma pour rencontrer les dirigeants de l’AFC/M23. Des photographies ont été diffusées sur les réseaux sociaux (X et Meta). Ces deux représentants religieux ont mené des négociations avec les dirigeants militaires et politiques de l’AFC/M23. À l’issue de leur mission, ils se sont rendus dans la capitale rwandaise, Kigali, pour une réunion stratégique avec le président rwandais, Son Excellence Paul Kagame. Outre les acteurs mentionnés précédemment, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église catholique du Congo (ECC) ont déployé des efforts supplémentaires pour rencontrer l’ancien président Joseph Kabila ainsi que d’autres acteurs politiques de l’opposition non armée. Lors des leurs diverses réunions avec les opposants Martin Fayulu Madidi, Moïse Katumbi Chapwe et d’autres, les sujets abordés ont porté sur divers thèmes. Initialement conçue pour inclure l’ensemble des parties prenantes, la démarche a été réorientée afin de mobiliser la population congolaise autour d’un dialogue constructif visant à identifier des solutions à la crise sécuritaire dans l’est du Congo. Cependant, des préoccupations ont été soulevées quant au caractère inclusif du processus, notamment en ce qui concerne les échanges menés en dehors des canaux officiels et les liens avec d’autres initiatives, telles que celles de Doha, de la SADC-EAC, de Washington et/ou du bureau. Kermesse pour la paix Dans une représentation graphique saisissante, Tembo Kashauri a récemment illustré la pluralité des processus de paix sous la forme d’une kermesse pour la paix dans article sur Actualité.cd du 9 juin 2025. Il convient de noter que, pour l’artiste en question, il existe des démarcations et des passerelles entre ces initiatives qui sont nombreuses et dans une fête. En scrutant des pourparlers diplomatiques, les dirigeants des États ont fusionné les processus SADC-EAC, qui s’inscrit dans la continuité du processus de Nairobi et trouve son aboutissement à Luanda. Ainsi, une nouvelle rencontre entre les chefs d’État Félix Antoine Tshisekedi et Paul Kagame avait eu lieu à Doha, au Qatar. Ce processus a permis la signature de communiqués conjoints séparés, ainsi que des rencontres avec les acteurs de la RDC et de l’AFC/M23. Néanmoins, il convient de préciser que les négociations sont toujours en cours. Il est important de noter que l’arrivée au pouvoir de Donald Trump et la proposition de Kinshasa sous la présidence de Joe Biden ont été au centre d’un autre processus. Ce dernier, connu sous le nom de « processus de Washington », est présenté comme un ultime recours pour parvenir à la paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda. Le 27 juin 2025, le Rwanda et la RDC ont apposé leur signature au bas de la déclaration de principes qui avait suscité des interrogations. Cet acte a été suivi, par la signature de l’accord de paix final en présence du président américain Donald Trump. Sur le plan local, l’alliance CENCO-ECC a pris position en faveur de son processus, qu’elle considère comme le plu inclusif. En effet, Kinshasa refusait toute approche avec les rebelles de l’AFC/M23, qu’il qualifiait de terroristes. Par ailleurs, deux autres initiatives ont récemment changé de positionnement. L’une d’entre elles émane de l’ancien président Joseph Kabila Kabange, qui a mené des consultations dans des cercles influencés par l’AFC/M23 et des couches de populations à Goma et Bukavu. Il apparaît toutefois que ces consultations également ne sont pas inclusives. En revanche, Joseph Kabila n’a pas pu consulter les membres des groupes Mai-Mai, les combattants hutus du CMC ou les populations de Walikale, Shabunda, Kamituga et d’autres régions. Il s’est rendu à Bukavu, mais il lui a été difficile de se rendre également à Fizi (Hewa Bora), lieu de sa naissance. Cette initiative est-elle susceptible d’apporter la paix ou de l’étouffer ? Finalement, ces processus, qui se croisent et se complètent parfois, ne finiront-ils pas par se neutraliser ? Des incontournables se sentent déconsidérés Les délégués de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC) ont engagé des négociations avec l’une des factions armées présentes dans l’est de la République démocratique du Congo. À la suite de pourparlers avec les représentants des branches politiques et militaires de l’AFC/M23, la délégation s’est rendue à Kigali. Bien qu’ils soient basés à Kinshasa,

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Guerres civiles
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Réalignement des Twirwaneho/Banyamulenge et relecture du contexte socio-sécuritaire dans les hauts plateaux d’Uvira, de Fizi & Mwenga

Introduction Les mois de janvier et février ont marqué des tournants historiques dans l’évolution des conflits à l’est de la République démocratique du Congo. Si l’AFC/M23 a conquis la ville de Goma à la fin du mois de janvier 2025, celle de Bukavu a connu de nombreux affrontements, tandis que les FARDC se concentraient sur les axes de Kalehe, d’Ihusi, l’aéroport de Kavumu et la ville de Bukavu. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. Plus que jamais, l’AFC/M23 a décidé d’étendre son territoire et de renforcer ses alliances dans la province du Sud-Kivu. Dans leurs rapports, les experts de l’ONU ont tiré la sonnette d’alarme, mais des membres de la communauté Banyamulenge, y compris des réseaux rwandais, ont investi dans la diabolisation en contestant des informations et des points de vue contradictoires. En effet, les années 2023 et 2024 ont été marquées par des développements intenses dans la province du Sud-Kivu, notamment après la consolidation des zones occupées par l’AFC/M23, à la suite de la débâcle des Forces armées de la République démocratique du Congo. La prise de Minova (Kalehe) et des hauts plateaux de Numbi a constitué une victoire significative dans la conquête de la province, tandis que l’AFC/M23 contrôlait le littoral de Kalehe et les îles frontalières entre la RDC et le Rwanda. Selon les experts de l’ONU, l’Armée révolutionnaire du Congo (ARC) a élargi son emprise sur le Sud-Kivu, bénéficiant d’un soutien important des Forces de défense rwandaises. Outre son réseau d’acteurs politiques et d’informateurs (ses disciples), l’AFC/M23 a installé ses propres agents au-delà de la bureaucratie de Bukavu. Si la ville de Bukavu était contrôlée avec des limites et des difficultés dans la gestion, la situation était complexe à Uvira, Mwenga et Fizi, ainsi que dans les territoires de Kalehe, Walungu et Kabare. Ce blog décrypte les événements survenus de la fin novembre 2024 à février 2025 dans les hauts plateaux de Fizi, Uvira et Mwenga. Il commence par décrire l’état des tensions entre les groupes ethniques et la dynamique des groupes armés face aux opérations militaires, puis analyse le réalignement du groupe armé Twirwaneho et des Banyamulenge avec l’AFC/M23. Il examine ensuite les opérations militaires contre les groupes armés ainsi que le retrait des FARDC et des FDNB de certaines zones. Enfin, il détaille les implications de ces tensions sur les déplacements forcés vers les moyens plateaux ou les pays voisins de la RDC. Tensions entre groupes ethniques Des tensions récurrentes opposent les groupes ethniques dans les hauts plateaux d’Uvira, de Mwenga et de Fizi depuis des décennies. Malgré les projets humanitaires et certaines initiatives locales, une coexistence pacifique précaire avait été instaurée dans les hauts plateaux de Mwenga (Mikenge 1 et 2) et de Fizi (notamment à Bibokoboko). Toutefois, les agents congolais de l’ONG belge « Médecins du Monde/Belgique », qui étaient mélangés (Bembe, Fuliru, Nyindu et Banyamulenge), ont quitté la zone, laissant les plus forts l’emporter sur les autres. Pendant ce temps, à Bibokoboko, des activités de rapprochement entre Fuliru et Banyamulenge étaient en cours, mais ailleurs, les tensions s’exacerbaient dans les villages de Mulima, Point-Zéro, Kitasha, etc. Par ailleurs, à Mikenge, malgré le départ de la MONUSCO et le déploiement des FDNB et/ou des FARDC, les combattants des Forces patriotiques pour la défense du Congo/Mouvement de libération de feu Kibukila Kitungano Wa Seba ont également fait de nombreuses victimes. Dans le secteur de Lulenge, les tensions se sont également exacerbées entre les Bafuliru, les Bembe et les Banyamulenge en raison de l’activisme des groupes armés défendant les intérêts de ces deux communautés. À l’inverse, dans les hauts plateaux d’Uvira, malgré leur immensité, les Banyamulenge et leurs combattants continuaient de garder leurs villages, excluant les civils Banyindu et Bafuliru de leurs territoires. Le chef du groupement de Bijombo, Tete Amisi, ne pouvait plus se rendre dans les villages dirigés par les Banyamulenge, tandis que les autres, sous le contrôle des Bafuliru et des Bavira, leur étaient interdits d’accès. En revanche, pour se rendre dans le groupement de Bijombo et à Muranvya, des groupes d’autodéfense locaux, composés de Banyindu, Bavira et de Bafuliru, ont contribué à escorter des civils Banyamulenge, Banyindu et Bafuliru, contre le paiement d’une somme d’argent (y compris des agents des services de renseignements des Twirwaneho). Enfin, dans les groupements de Kigoma, Lemera et le village de Rurambo, la situation était difficile durant cette période. Des mouvements de réfugiés rwandais ont été observés en provenance de Fizi, se dirigeant vers le groupement de Muhuzi (territoire de Mwenga), puis se déplaçant dans la chefferie des Bafuliru. Ces réfugiés sont arrivés dans les villages de Kitoga et Mulenge I et II, puis sont retournés dans leurs bastions où ils ont tissé des alliances stratégiques locales (ASL) avec l’UPC de Ruma Hondwa et Nguvu za Milima (Issa Mutoka). Ces mouvements ont été observés et constatés par des Banyamulenge et des Twirwaneho basés à Kahololo, ainsi que par des dirigeants du groupe armé Gumino. Ces informations ont été partagées au Rwanda au sein de leurs réseaux et deux déclarations ont alerté sur ces mouvements (voir les comptes X de désinformation MaishaRDC et Saint Cadet Ruvuzangoma). Parallèlement, l’armée burundaise (FDNB) a montré qu’elle n’était pas associée à un rapprochement avec les protecteurs armés (CNRD/FLN) des réfugiés rwandais. Entre-temps, la branche politique a réagi contre les Twirwaneho. Avant d’aborder le réalignement des Twirwaneho, un coup de projecteur sur les opérations militaires dans ces zones permet de bien comprendre notre analyse. 2. Opérations militaires et groupes armés Généralement, les opérations militaires concernaient trois groupes armés réfractaires au processus de paix ou à la fragmentation : les « Wazalendo » et les « P-DDRCS ». Il s’agissait de traquer le groupe armé Twirwaneho, ainsi que le Rassemblement pour un État de droit (RED-Tabara) et les forces nationales de libération (FNL). Ces opérations étaient menées par les FARDC et les FDNB ou par les FDNB et les combattants du Congrès national du peuple pour la souveraineté du Congo (CNPSC)du général autoproclamé William Amuri Yakutumba. Concernant les Twirwaneho, les

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Réfugiés Rwandais et « protecteurs » CNRD/FLN en groupements Kigoma & Lemera

Le présent billet de blog analyse l’arrivée des réfugiés Rwandais et
leurs « protecteurs » en chefferie des Bafuliru. Malgré la division
FDLR/Foca et CNRD en 2016-2017, les réfugiés en sont affectés.
Dans la guerre de communiqués entre Twirwaneho, CNRD/FLN et
l’armée Burundaise, le risque d’apatridie pour lesdits réfugiés sont
réels. Si leurs titres administratifs ont expiré 2024, ils sont
vulnérables et manquent d’assistance. Des agences des Nations
unies devraient appuyer la CNR dans la production et la délivrance
des attestations actualisées des réfugiés au Nord-Kivu et Sud-Kivu.

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