La FDNB au Sud-Kivu : entre la traque, le blocus comme décision stratégique et des actions de rapprochement entre les communautés en conflit
Contexte Depuis août 2022, les forces de défense nationale du Burundi sont présentes dans la plaine de la Ruzizi, afin de traquer les rebelles burundais en marge de TAFOC. Si, trois ans auparavant, ces forces burundaises pénétraient dans l’espace congolais avec ou sans autorisation, elles se liaient à des groupes armés, tels que les Mai-Mai et les Gumino Banyamulenge, dans les chefferies des Bafuliru et Bavira. En 2022, leur arrivée avec les FARDC a contraint de nombreux groupes armés à se rallier à eux et à leur fournir des renseignements géographiques afin de dénicher les retranchements des rebelles burundais du FNL d’Aloyse Nzabampema ou de Kisiga et Jean Claude Bayaga (Five One). Dans le même contexte, la situation sécuritaire au Nord-Kivu était caractérisée par la résurgence du M23 en novembre-décembre 2021 et par son extension vers Rutshuru, Bunagana et Masisi. À cette période, les Burundais n’étaient pas encore impliqués dans le conflit entre le Rwanda et la RDC, car la RDC accusait le Rwanda de soutenir le M23. Pour rappel, à cette période, l’AFC de Nanga n’avait pas encore rejoint le M23 de Willy Ngoma, qui communiquait souvent. Comment se fait-il qu’ils soient aujourd’hui perçus comme des ennemis, ou considérés comme une armée dont le but serait de commettre des crimes de masse contre les Tutsis et les Banyamulenge du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ? En novembre 2025, une marche de protestation a eu lieu au centre de Minembwe, au cours de laquelle les communautés Banyamulenge se sont dressées comme un seul homme pour dénoncer le blocus de la FDNB après son déploiement à Mikalati, dans le groupement de Balala Nord, secteur de Tanganyika. Auparavant, des médias rwandais pro-M23 et des acteurs politiques avaient déjà protesté, ainsi que des délégations de l’AFC/M23. Ensuite, une délégation des MRDP/Twirwaneho s’est rendue à Gitega pour plaider en faveur d’un couloir humanitaire auprès du président burundais. En marge de l’extension de l’EAC/RF, comment expliquer la présence de la FDNB à l’est du Congo, au-delà des termes de la coopération militaire entre le Burundi et la RDC ? Ce papier vise à expliquer, à travers une approche de défense et de sécurité, les motivations derrière cette présence ainsi que les actions qu’elle mène en faveur de la cohésion locale, actions peu relayées dans les médias publics, alors que certains médias en ligne burundais et rwandais accusent cette armée de commettre des crimes et de s’impliquer dans les activités minières entre 2022 et 2024. Coopération militaire Pour mieux comprendre la présence de la FDNB au Congo, il convient de la distinguer du Rwanda, qui a déployé des mesures de sécurité en raison de la résurgence de la rébellion de l’AFC/M23, qui viole également l’espace aérien congolais à l’aide d’aéronefs en provenance de ce pays, comme l’ont mentionné les experts de l’ONU dans leur rapport du 3 juillet 2025. Le droit et la pratique diplomatique et consulaire expliquent les questions relatives aux accords (commerciaux, économiques, culturels, de défense, etc.) que des États peuvent conclure. Ces accords peuvent être bilatéraux ou multilatéraux. Pour ce qui est de la RDC et du Burundi, il s’agit d’accords bilatéraux, bien que ces derniers n’aient jamais été présentés ni au Parlement national congolais ni au Parlement burundais. Espérons qu’il s’agit d’accords en forme simplifiée (AFS), comme on dit en relations internationales et en pratique diplomatique et consulaire. Par ailleurs, si le déploiement de la FDNB ne s’est pas limité au Sud-Kivu, il s’est également étendu au Nord-Kivu, après le retrait de la force régionale de l’EAC/RF. Jamais le Sud sans le Nord La RDC avait désapprouvé le manque d’engagement de la force régionale de l’EAC/RF contre les combattants de l’AFC/M23 dans les zones de Masisi et Rutshuru. Elle avait exigé son retrait ; d’ailleurs, la FDNB en faisait partie. Alors que Kinshasa n’avait pas renouvelé leurs mandats, ils sont rentrés chez eux, malgré leurs plans. Cependant, après avoir conclu des accords avec le Burundi, certaines de ses forces sont restées en RDC et d’autres ont été déployées au Nord-Kivu, ce qui a permis à la FDNB d’être présente dans les deux provinces. Venant tantôt en tenue des FARDC ou autrement, ils ont été déployés à Mubambiro, Sake et ailleurs dans le Nord-Kivu. D’autres se sont déployés au Sud-Kivu, vers Kalehe, où les Burundais étaient stationnés à Numbi, sur la terre rouge, etc. Bref, une présence à la fois au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Depuis la prise de Goma, ceux qui étaient à Bukavu se sont déplacés vers le sud. Et lors de la prise de Bukavu, le repli a contribué à ce que les verrous soient à Luvungi, sur les hauts plateaux d’Uvira, de Fizi et de Mwenga, ainsi que dans la plaine de la Ruzizi. Contraignement et initiatives de cohésion La présence de la FDNB est motivée par des raisons de sécurité et de défense, tant pour le Congo que pour le Burundi. D’abord, pour ces deux pays, les rebelles des FNL et des RED Tabara constituent une menace qu’il faut éradiquer. Alors que ces deux pays accusent le Rwanda de soutenir les RED Tabara depuis des années, ces opérations étaient nécessaires. Entre-temps, l’AFC/M23 a poursuivi les combats contre les FARDC, a fait des prisonniers parmi les FDNB et en a tué d’autres. Puis, comme cette rébellion menace autant le Burundi que la RDC, on peut anticiper la réaction de ces pays face à la menace de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda. Dans les hauts plateaux de Fizi et de Mwenga, les Twirwaneho Banyamulenge, qui avaient bénéficié de patrouilles de l’armée burundaise entre 2022 et 2023 à Minembwe et Mikenge 1, dans leurs camps de déplacés, ont décidé de les chasser lorsque l’AFC/M23 a pris Bukavu. Ces derniers ont scellé une coalition tandis que les Twirwaneho devenaient un mouvement politico-militaire. Les FARDC ont été chassées et ont pris la menace au sérieux. Le MRDP/Twirwaneho est alors devenu une menace grave, au même niveau que l’AFC/M23, pour les FDNB et les FARDC. Ainsi, tout




