
Liberté de presse dans les entités gouvernementales, celles de l’AFC/M23 et des Wazalendo en RD Congo
Contexte Dans un communiqué de presse n° 003/UNPC/BE/KKM-JZW/2026, cosigné le 3 mai 2026 à Kinshasa par le secrétaire général et le président de l’Union nationale de la presse du Congo à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, ces auteurs soulignent le rôle des médias dans la consolidation de la paix et de la cohésion sociale, dans un contexte marqué par l’agression rwandaise et la montée de la guerre informationnelle. D’un côté, ils annoncent avoir signé un acte d’engagement pour un journalisme responsable en période de crise, qu’ils ont soumis au gouvernement, tout en exprimant leur préoccupation face à la dégradation des conditions d’exercice de la profession dans les entités sous occupation (AFC/M23) et chez leur allié, le Rwanda. De l’autre côté, ils exhortent à respecter strictement les dispositions encadrant leur métier, notamment celles relatives aux mécanismes de droit de réponse et de rectification, avant d’engager des poursuites judiciaires contre un journaliste. Ce communiqué révèle le débat et la réalité que les observateurs de la scène journalistique congolaise constatent dans divers secteurs, notamment dans les domaines de la défense et de la sécurité. Par contre, dans son rapport publié en mars 2026, Reporters sans frontières note les éléments suivants qui enfreignent également les libertés de la presse dans la région des Grands Lacs depuis 2021 : « Plus de 500 journalistes ont été arrêtés, des cas de meurtres et de disparitions ont eu lieu en toute impunité ; des cadres juridiques et administratifs hostiles ; une précarité économique ; la guerre civile comme épicentre du danger ; le rôle des médias communautaires dans la guerre (certains ont été la cible de pillages, d’autres de destructions) ; la guerre informationnelle entre les belligérants ; les déplacements et exils forcés ; enfin, des signes de résilience. » En fait, les journalistes congolais sont confrontés à des réglementations liberticides qui leur valent des sanctions. Certains ont été arrêtés, d’autres ont été la cible de menaces, et d’autres encore ont été contraints à l’exil. Ces atteintes à la liberté de la presse en RDC ne concernent pas seulement les entités sous contrôle gouvernemental, mais aussi celles contrôlées par les groupes armés. Depuis le RCD, les pratiques liées à l’exercice du métier de journaliste ont été réduites au silence, réduisant les journalistes à des propagandistes ou à des journalistes payés pour véhiculer une version unique des problèmes, sans contribuer sensiblement à changer les choses ni à instaurer la paix tant souhaitée. Depuis la résurgence du M23 en 2021, la liberté de la presse est de nouveau confrontée à des restrictions dans les zones de conflit. Alors que le camp gouvernemental interdit aux médias, étrangers comme locaux, de donner la parole aux dirigeants des groupes armés, sous peine de sanctions et de retrait des cartes d’accréditation, de nombreux médias se voient privés de leur liberté d’action et le prix des cartes d’accréditation augmente en RDC. Kinshasa a elle-même restreint l’accès à l’information, puis a criminalisé la diffusion d’informations relatives à la sécurité. (Image Copyright : Reporters sans Frontières, Rapport 2026[1] ) Le ministère congolais de la Communication a ainsi contribué à la désinformation et à la désorientation des politiques de protection des civils dans les zones touchées par les crises et les conflits armés. Par ailleurs, dans les zones rebelles, deux tendances se sont imposées. D’abord, au sein des entités de l’AFC/M23. En 2021-2022, le porte-parole de la rébellion a arrêté des journalistes à Rutshuru, puis les a relâchés après des discussions avec les médias (JED), alors qu’ils n’étaient pas encore arrivés à Goma. L’AFC/M23 a également suspendu les signaux de plusieurs médias, dont Top Congo Fm, ainsi que d’autres radios qui diffusait la version de Kinshasa de la guerre. Les journalistes étaient scrutés, surveillés et contraints de se reconvertir. Dans les groupes armés, ils étaient tolérés, mais les publications non censurées par ces groupes posaient problème. Dans le territoire de Fizi, un journaliste a été arrêté par une coalition de groupes armés pour avoir accordé la parole à des représentants de l’AFC/M23 à Uvira, alors qu’il relayait également ces mêmes rebelles. Exercer le métier de journaliste en RDC soulève de nombreuses craintes et questionnements. Si la loi de 2023 proposée par M. Patrick Muyaya Katembwe a permis de criminaliser certaines pratiques et d’encadrer d’autres, des dérapages sont également observés, aussi bien à Kinshasa qu’aux territoires occupés par les groupes armés. Les médias d’État, à l’instar de la RTNC, ne sont que des caisses de résonance et des outils de propagande à la gloire du chef de l’État, de l’USN et de ses proches. Toute critique à leur encontre est interprétée comme une collusion avec les ennemis. Selon certains, les radios associatives, communautaires et/ou confessionnelles se sont ralliées aux versions de leurs dirigeants ou initiateurs, et les critiques sont moins tolérées. Enfin, les médias en ligne, bien qu’encadrés par les lois congolaises, sont devenus toxiques, manipulateurs et vecteurs de stratégies de menaces hybrides ou de guerres informationnelles. Dans les zones occupées, les rebelles utilisent certains médias locaux à des fins de propagande, contraignent les autres à modifier leur ligne éditoriale, interrompent des émissions et en créent d’autres pour désinformer les auditeurs. Comment interpréter les manifestations de la liberté de la presse dans le contexte de la crise actuelle opposant simultanément Kinshasa à la rébellion pro-gouvernementale rwandaise et au Rwanda ? Ce décryptage commence par un diagnostic des zones tenues par le gouvernement congolais afin de comprendre comment les libertés sont appliquées, puis analyse les problèmes de liberté de la presse dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 et ses alliés rwandais. Il examinera également la situation dans les zones contrôlées par les autres groupes armés et dressera des constats. Pratiques liberticides En août 2023, le journaliste de renom Stanis Bujakera est arrêté à Kinshasa. On lui reproche d’avoir divulgué à des médias étrangers de fausses informations attribuées aux services de renseignement concernant la mort de Chérubin Okende. Non seulement ces services ont contredit ces allégations, mais ils ont également criminalisé le



