Banyamulenge, effets de bombardements et aggravation de la crise humanitaire dans les Hauts Plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira

Toiture touchée
Toiture touchée

Banyamulenge, effets de bombardements et aggravation de la crise humanitaire dans les Hauts Plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira

Contexte et background

Depuis 2017, les hauts plateaux d’Uvira, de Fizi et d’Itombwe sont le théâtre de conflits entre groupes ethniques, par l’intermédiaire de groupes armés, ce qui a entraîné le déplacement de populations vers d’autres contrées et a prolongé l’insécurité pour ceux qui sont restés sur place. Si les Banyamulenge sont confrontés à ces conflits, la prise de la ville d’Uvira par l’AFC/M23 en décembre 2025, ainsi que la résistance des combattants du mouvement républicain pour la dignité du peuple/Twirwaneho (MRDP/T), leur ont temporairement facilité la mobilité. Ceci leur a permis d’accéder à des lieux qui leur étaient auparavant interdits. Cependant, depuis le retrait partiel de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira, leur mobilité dans ces zones de hauts plateaux a été réduite. Ainsi, les populations vivant dans l’espace de Minembwe pouvaient respirer et des organisations locales ont pu reprendre à fréquenter Madegu et ses environs.

Cependant, le 4 novembre 2025, les habitants de Minembwe et de ses environs se sont mobilisés contre le gouvernement congolais, la FDNB et les Wazalendo, qui leur imposaient un blocus pour des raisons stratégiques, aggravant ainsi leurs problèmes et leur vulnérabilité. Des tentatives de contournement du blocus humanitaire ont consisté à faire atterrir des aéronefs humanitaires à Minembwe, auparavant utilisés par l’AFC/M23 selon certaines sources, et par les forces rwandaises de défense selon les experts de l’ONU, avant la prise de la ville d’Uvira. Dans le même esprit, certains observateurs de la région soulignaient le rôle crucial de l’AFC/M23 dans l’aggravation de la situation dans les Hauts Plateaux. Selon eux, le Burundi aurait en effet renforcé ses stratégies opérationnelles lorsque le M23 a pris le contrôle de Kamanyola et de ses environs.

Des axes d’approvisionnement entre les espaces de Rurambo et de Minembwe, ou entre Lulenge, Mutambala et Itombwe, ont-ils été complètement fermés ?

Sur les plans sécuritaires et d’approvisionnement, les seules routes de liaison vers l’espace Rurambo (Uvira) menant à Mitamba ont été fermées, empêchant les commerçants et le personnel soignant de circuler librement entre Madegu (centre de Minembwe) et Uvira, ou vers la ville de Baraka, interdite depuis des années aux Banyamulenge. Des médicaments destinés à la zone de santé de Minembwe étaient parfois refusés le passage par les positions des Wazalendo. D’autres sources locales mentionnaient toutefois que les combattants de l’AFC/M23 auraient limité les déplacements du personnel soignant des aires de santé d’Itombwe et de Mikenge. Les personnes malades et les cas d’urgence ont été les plus touchés, car le personnel de l’hôpital de Mikenge a également été contraint de limiter ses déplacements. L’hôpital de Minembwe était, lui, confronté à des pénuries de médicaments. Les ONG qui aidaient la population ont fermé leurs bureaux, tandis que d’autres n’étaient autorisées à œuvrer que dans les zones gouvernementales, accusées de collaborer avec les ennemis (AFC/M23 et MRDP/Twirwaneho), alors que les populations ont besoin de couloirs humanitaires pour évacuer leurs biens et commercer.

Blocage et hausse des prix

La hausse des prix des produits de première nécessité et l’aggravation de la crise humanitaire ont été causées par les politiques sécuritaires liées aux restrictions imposées par l’armée congolaise, qui était d’ailleurs présente à Madegu, ainsi que par ses alliés. Les prix des denrées alimentaires, des produits de première nécessité et des vêtements ont grimpé, tandis que le bétail était pillé ou décimé. Néanmoins, la banque de développement de Minembwe étant hors service, les communautés cherchent des moyens de s’approvisionner. De ce point de vue, certains ont eu recours aux paiements mobiles, avec les conséquences et les risques que cela implique, ainsi qu’à des taux exorbitants. Les habitants n’ont pas le choix : ils doivent survivre et s’adapter à cette situation complexe, tout en étant exposés à des bombardements.

Objectifs et structure

Cette note a pour objectif de discuter de la crise humanitaire qui a débuté en 2017 et perdure à ce jour, ainsi que de ses effets locaux, sans pour autant nier les autres travaux écrits sur le sujet. Elle vise à présenter les événements contextuels survenus sur le plan sécuritaire entre août 2025 et janvier 2026, à montrer les conséquences des politiques de blocus sur les prix des produits de première nécessité et pharmaceutiques, à décrire le rôle joué par les commerçants et transporteurs (Bashi ou Bafuliru) dans ces contextes de crises prolongées, et à évoquer la prise de la ville d’Uvira par l’AFC/M23, accompagnée du retrait des FARDC, de la FDNB et des Wazalendo. La prise de la ville d’Uvira a coïncidé avec le retour à la vie dans la zone de santé de Minembwe et ses environs, ainsi que dans la région de Bijombo, qui sont des axes cruciaux d’approvisionnement et les plus sécurisés. Ce décryptage est subdivisé en trois sections. La première décrit le contexte sécuritaire instable, la deuxième présente les effets sur les prix et les structures sanitaires, et la troisième analyse les derniers remparts civils, malgré les restrictions, les menaces subies de la part des Wazalendo, des FARDC et des FDNB burundais, ainsi que les bombardements visant leur bétail, leur aérodrome et leurs ressources militaires.

Josaphat Musamba

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