- Josaphat Musamba
- Laupier Nakitumba
- Mukwatwa Halisi Lucien
L’or du Sud-Kivu, entre promesses de richesse et champs de bataille
Dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, l’or ne brille pas pour tout le monde. Plus de dix ans après le départ de la société minière TransAfrika DRC, ses anciennes concessions continuent de nourrir des conflits meurtriers entre communautés et groupes armés. Ce qui devait être un levier de développement s’est transformé en un héritage explosif, où les rivalités ethniques se mêlent aux luttes pour le contrôle du sous-sol congolais et la protections des villages contestés ou au cœurs des conflits et des pratiques de sécurisation.
TransAfrika DRC, un permis minier annulé et un vide stratégique ?
Créée au milieu des années 2000, TransAfrika DRC s’installe officiellement à Minembwe en 2008, entre les territoires de Fizi et Mwenga. Avec un siège à Bukavu et près de 200 carrés miniers contigus, la société promet d’apporter des emplois et de désenclaver une région marquée par les guerres. Elle réhabilite des routes de seserte agricoles, installe des bureaux à Kiziba et commence l’exploration de sites aurifères comme Bigaragara, Rugezi ou Kiziba. Mais très vite, l’entreprise se heurte à la réalité d’un territoire miné par les rivalités identitaires et des conflits armés. Les zones qu’elle explore et exploite sont situées à la frontière des communautés Banyamulenge, Bembe, Fuliru et Nyindu, dont les tensions remontent aux années 1990 et au-delà. Le souvenir des guerres de « libération », menées par l’AFDL et ses alliés rwandophones, y reste vivace.Par ailleurs, en 2014, le ministère congolais des Mines retire à TransAfrika DRC son permis de recherche n°6061, l’accusant d’inactivité prolongée. L’entreprise ne dépose aucun recours et, deux ans plus tard, le permis est définitivement annulé. Les 200 carrés miniers passent alors sous la tutelle du Centre de recherches géologiques et minières (CRGM). Mais dans les faits, aucune structure publique ne vient occuper le terrain. Les sites miniers, laissés à l’abandon, deviennent la proie de groupes armés locaux et étrangers malgré la présence du bureau minier détaché.
Les mines, conflits ethniques et du cocktail explosif
Aujourd’hui, les anciens sites de TransAfrika DRC sont le théâtre d’affrontements constants. Des groupes armés comme les MRDP-Twirwaneho (proches des Banyamulenge), les FABB/CPLC (proches aux Fuliru et alliées aux Bembe), ou encore les rebelles RED-Tabara venus du Burundi, se disputaient le contrôle de villages stratégiques tels que Bigaragara et Rugezi. Par contre, l’or extrait artisanalement finance depuis longuement la guerre aussi bien des banyamulenge que les autres groupes ethniques. Des alliances se font et se défont au gré des offensives : les uns accusent les autres de piller les ressources, tandis que les civils paient le prix fort. Depuis 2022, la Task Force Commando (TAFOC), composée de soldats congolais (FARDC) et burundais (FDNB), tente de reprendre la main sur ces zones. Mais leur présence militaire renforce parfois la méfiance des populations locales, qui y voient une nouvelle forme d’occupation. Récemment la FDNB a été contestée par les Banyamulenge bien qu’elle les avait sécurisé contre les groupes armés Mai-Mai à Mikenge1. Dans cette région montagneuse, les rivalités ethniques se confondent avec les intérêts économiques.
Pendant que les Banyamulenge, souvent accusés d’être favorisés par le pouvoir ou liés à des forces extérieures, sont perçus comme des « occupants » par les communautés Bembe et Fuliru, historiquement majoritaires dans la plaine et ailleurs dans les Hauts plateaux . À l’inverse, ils se battent et estiment défendre leurs terres ancestrales face à une coalition d’ennemis décidés à les chasser. C’est dans ce contexte que la création de la commune rurale de Minembwe en 2019 a mis le feu aux poudres. Considérée par certains comme une reconnaissance politique des Banyamulenge, elle a été rejetée par les autres groupes, qui y ont vu une menace à leur souveraineté locale. Les affrontements ont repris, entraînant un exode massif des civils et la destruction de nombreux villages.
Enfin, la faiblesse étatique est un facteur significatif. Alors que les institutions minières congolaises devraient encadrer l’exploitation des anciens sites de TransAfrika, aucun projet concret n’a vu le jour. En l’absence de contrôle officiel, l’exploitation artisanale s’impose, encadrée par des milices. L’or s’achète, se taxe et s’exporte dans la clandestinité. Pour les habitants, cette économie parallèle est devenue à la fois une ressource de survie et une malédiction : elle nourrit la guerre tout en prolongeant la pauvreté. « Tant que l’État ne reprendra pas ses droits, ces mines resteront des zones de non-droit », alerte un chercheur local cité dans le rapport.
Des perspectives et miroir du Congo minier
Si certains acteurs locaux refusent de céder au fatalisme, des chercheurs, des ONG et des représentants communautaires proposent la relance d’une coopérative minière locale — la COMCAM (Coopération minière des exploitants de Minembwe) — pour encadrer l’exploitation artisanale et favoriser la coexistence pacifique. Une telle approche, affirment-ils, permettrait de transformer la mine en levier de réconciliation plutôt qu’en instrument de division. Mais pour cela, il faudra plus qu’une bonne volonté : une volonté politique claire, un encadrement légal et un retour de la confiance entre communautés.
L’histoire de TransAfrika DRC n’est pas seulement celle d’une entreprise disparue. C’est le reflet des contradictions d’un pays où les ressources naturelles, au lieu d’unir, divisent.
Elle montre comment la faiblesse de l’État, la méfiance entre groupes ethniques et la convoitise internationale peuvent transformer des simples carrés miniers en poudrière. Au-delà du Sud-Kivu, ce drame rappelle que la paix en RDC passera aussi par une gestion équitable et transparente de l’or, du coltan et des terres rares. Car tant que les villages ainsi que l’économie du sous-sol seront contrôlés par les armes, aucune paix durable ne pourra s’installer sur les hauteurs de Minembwe ; Fizi et Itombwe.

