Liberté de presse dans les entités gouvernementales, celles de l’AFC/M23 et des Wazalendo en RD Congo

Liberté de presse dans les entités gouvernementales, celles de l’AFC/M23 et des Wazalendo en RD Congo

 

Contexte

Dans un communiqué de presse n° 003/UNPC/BE/KKM-JZW/2026, cosigné le 3 mai 2026 à Kinshasa par le secrétaire général et le président de l’Union nationale de la presse du Congo à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, ces auteurs soulignent le rôle des médias dans la consolidation de la paix et de la cohésion sociale, dans un contexte marqué par l’agression rwandaise et la montée de la guerre informationnelle. D’un côté, ils annoncent avoir signé un acte d’engagement pour un journalisme responsable en période de crise, qu’ils ont soumis au gouvernement, tout en exprimant leur préoccupation face à la dégradation des conditions d’exercice de la profession dans les entités sous occupation (AFC/M23) et chez leur allié, le Rwanda. De l’autre côté, ils exhortent à respecter strictement les dispositions encadrant leur métier, notamment celles relatives aux mécanismes de droit de réponse et de rectification, avant d’engager des poursuites judiciaires contre un journaliste. Ce communiqué révèle le débat et la réalité que les observateurs de la scène journalistique congolaise constatent dans divers secteurs, notamment dans les domaines de la défense et de la sécurité. Par contre, dans son rapport publié en mars 2026, Reporters sans frontières note les éléments suivants qui enfreignent également les libertés de la presse dans la région des Grands Lacs depuis 2021 : « Plus de 500 journalistes ont été arrêtés, des cas de meurtres et de disparitions ont eu lieu en toute impunité ; des cadres juridiques et administratifs hostiles ; une précarité économique ; la guerre civile comme épicentre du danger ; le rôle des médias communautaires dans la guerre (certains ont été la cible de pillages, d’autres de destructions) ; la guerre informationnelle entre les belligérants ; les déplacements et exils forcés ; enfin, des signes de résilience. »

En fait, les journalistes congolais sont confrontés à des réglementations liberticides qui leur valent des sanctions. Certains ont été arrêtés, d’autres ont été la cible de menaces, et d’autres encore ont été contraints à l’exil. Ces atteintes à la liberté de la presse en RDC ne concernent pas seulement les entités sous contrôle gouvernemental, mais aussi celles contrôlées par les groupes armés. Depuis le RCD, les pratiques liées à l’exercice du métier de journaliste ont été réduites au silence, réduisant les journalistes à des propagandistes ou à des journalistes payés pour véhiculer une version unique des problèmes, sans contribuer sensiblement à changer les choses ni à instaurer la paix tant souhaitée.

Depuis la résurgence du M23 en 2021, la liberté de la presse est de nouveau confrontée à des restrictions dans les zones de conflit. Alors que le camp gouvernemental interdit aux médias, étrangers comme locaux, de donner la parole aux dirigeants des groupes armés, sous peine de sanctions et de retrait des cartes d’accréditation, de nombreux médias se voient privés de leur liberté d’action et le prix des cartes d’accréditation augmente en RDC. Kinshasa a elle-même restreint l’accès à l’information, puis a criminalisé la diffusion d’informations relatives à la sécurité. (Image Copyright : Reporters sans Frontières, Rapport 2026[1] )

Le ministère congolais de la Communication a ainsi contribué à la désinformation et à la désorientation des politiques de protection des civils dans les zones touchées par les crises et les conflits armés. Par ailleurs, dans les zones rebelles, deux tendances se sont imposées. D’abord, au sein des entités de l’AFC/M23. En 2021-2022, le porte-parole de la rébellion a arrêté des journalistes à Rutshuru, puis les a relâchés après des discussions avec les médias (JED), alors qu’ils n’étaient pas encore arrivés à Goma. L’AFC/M23 a également suspendu les signaux de plusieurs médias, dont Top Congo Fm, ainsi que d’autres radios qui diffusait la version de Kinshasa de la guerre. Les journalistes étaient scrutés, surveillés et contraints de se reconvertir. Dans les groupes armés, ils étaient tolérés, mais les publications non censurées par ces groupes posaient problème. Dans le territoire de Fizi, un journaliste a été arrêté par une coalition de groupes armés pour avoir accordé la parole à des représentants de l’AFC/M23 à Uvira, alors qu’il relayait également ces mêmes rebelles.

Exercer le métier de journaliste en RDC soulève de nombreuses craintes et questionnements. Si la loi de 2023 proposée par M. Patrick Muyaya Katembwe a permis de criminaliser certaines pratiques et d’encadrer d’autres, des dérapages sont également observés, aussi bien à Kinshasa qu’aux territoires occupés par les groupes armés. Les médias d’État, à l’instar de la RTNC, ne sont que des caisses de résonance et des outils de propagande à la gloire du chef de l’État, de l’USN et de ses proches. Toute critique à leur encontre est interprétée comme une collusion avec les ennemis. Selon certains, les radios associatives, communautaires et/ou confessionnelles se sont ralliées aux versions de leurs dirigeants ou initiateurs, et les critiques sont moins tolérées. Enfin, les médias en ligne, bien qu’encadrés par les lois congolaises, sont devenus toxiques, manipulateurs et vecteurs de stratégies de menaces hybrides ou de guerres informationnelles. Dans les zones occupées, les rebelles utilisent certains médias locaux à des fins de propagande, contraignent les autres à modifier leur ligne éditoriale, interrompent des émissions et en créent d’autres pour désinformer les auditeurs.

Comment interpréter les manifestations de la liberté de la presse dans le contexte de la crise actuelle opposant simultanément Kinshasa à la rébellion pro-gouvernementale rwandaise et au Rwanda ? Ce décryptage commence par un diagnostic des zones tenues par le gouvernement congolais afin de comprendre comment les libertés sont appliquées, puis analyse les problèmes de liberté de la presse dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 et ses alliés rwandais. Il examinera également la situation dans les zones contrôlées par les autres groupes armés et dressera des constats.

Pratiques liberticides

En août 2023, le journaliste de renom Stanis Bujakera est arrêté à Kinshasa. On lui reproche d’avoir divulgué à des médias étrangers de fausses informations attribuées aux services de renseignement concernant la mort de Chérubin Okende. Non seulement ces services ont contredit ces allégations, mais ils ont également criminalisé le journaliste et l’ont emprisonné. Il purgera sa peine, malgré les actions de plaidoyer et les protestations à travers le monde. D’autres journalistes de Kinshasa ont été traduits en justice pour avoir dénoncé des ministres corrompus et des détournements de fonds. Un journaliste d’investigation, Gauthier Sey, a ensuite été traduit en justice[2] par l’artiste « pro-gouvernemental » Fally Ipupa pour avoir dénoncé les manœuvres de ce dernier et de ses acolytes dans le cadre du contrat qui lierait cet artiste à la maison Vivendi lors des Jeux de la Francophonie en 2023 à Kinshasa. À ce jour, ce dossier n’a jamais été soldé. À la place, il a été convoqué par la CSAC, un organisme partisan de Fally Ipupa. On lui reprochait d’avoir dénoncé les pratiques douteuses d’un musicien. Ces trois cas illustrent le contexte dans lequel les journalistes évoluent au sein des institutions étatiques. À l’exception de ces briefings « Muyayistes », certaines informations sont retenues à dessein, et les personnes ne peuvent pas exercer pleinement leurs droits. Des journalistes étrangers se sont même vu retirer leurs accréditations pour avoir accordé la parole à des rebelles pro-gouvernementaux rwandais. Or, cela fait partie de leurs droits afin de contrebalancer les versions et de faire évoluer les points de vue. Al Jazeera avait été suspendue pour avoir diffusé une interview de Bertrand Bisimwa, qui se considère comme une « autorité alternative à l’État congolais ». L’état des libertés de la presse, en dehors de la loi qui les encadre, reste à questionner dans les entités contrôlées par le gouvernement congolais. Malgré les communiqués du service d’information et de communication des FARDC et des porte-parole des secteurs opérationnels de l’est du Congo, la communication relative à la sécurité des Congolais n’a pas permis à ces derniers de se protéger. Le ministre Patrick Muyaya a pris le contrôle de la communication, préférant diffuser des informations tronquées ou déformées. Ainsi, lors des replis stratégiques depuis Rutshuru, Goma, Bukavu, Kamanyola et Uvira, les Congolais n’ont pas été en mesure de suivre les consignes ni de se protéger face aux attaques des rebelles et de leurs alliés rwandais. Si les journalistes avaient été autorisés à donner des versions différentes, ils auraient pu mieux orienter les populations des zones concernées. Enfin, Kinshasa a ouvert un espace de discussion avec les journalistes en les appelant à se conformer à la réglementation. Toutefois, les autorités congolaises n’ont pas donné aux journalistes la possibilité d’anticiper les informations ni de vérifier leurs sources, préférant les comparer à des pays européens sans impact considérable. Les libertés de la presse sont asphyxiées par le gouvernement congolais, ses services de renseignement militaires et civils, ainsi que par la CNC et ses clients, dans les zones qu’ils contrôlent. Dans les domaines de la défense, de la sécurité et de la protection des civils, l’État congolais ne garantit ni le droit à l’information des organes de presse, ni le droit d’être suffisamment et correctement informés des Congolais touchés par les conflits armés et les rébellions dans leurs régions, voire des Congolais de la diaspora. Il ne communique que ce qu’il veut. Dans les zones de conflit, la situation est similaire, marquée par des pics de violence et des actes d’intimidation.

AFC/M23 face aux médias locaux et étrangers

« Nous devons travailler selon la ligne éditoriale du M23 »[3]

Depuis la prise de Bunagana, de Kiwanja et de Rutshuru par le M23, puis par l’AFC/M23 lors de la coalition et de l’arrivée de Corneille Nanga, cette rébellion pro-gouvernementale rwandaise n’a pas tardé à imposer sa loi, d’abord sur les journalistes locaux, puis sur les chaînes de médias nationales qui lui étaient hostiles. Si les libertés de la presse ont été entravées, les droits controversés à l’information de cette rébellion n’ont pas été garantis ; au contraire, son circuit a été verrouillé, n’accordant l’accès qu’à des clients, des suiveurs, des propagandistes, puis des influenceurs sur les médias en ligne. Souffrant des restrictions imposées par Patrick Muyaya aux médias congolais et étrangers, qui ne leur accordaient pas ou peu d’interviews et de droits de réponse sous peine de sanctions (voir l’article 123 de sa loi fixant les modalités d’exercice de la liberté de la presse), l’AFC/M23 avait d’abord misé sur ses communiqués signés par Willy Ngoma. Avec l’arrivée de Lawrence Kanyuka Kingston et l’organisation de la communication et du marketing de la rébellion, ils ont établi leurs propres stratégies de communication, semble-t-il, avec l’aide de la Franco-Serbe Bojana Glicoric (Coulibaly Bojana) et du Belgo-Burundais Teddy Mazina. Selon des sources locales, certains médias sont confrontés à des restrictions et ont revu leur ligne éditoriale. D’autres se sont vu imposer des amendes soviétiques, ce qui a donné lieu à des bras de fer. Les auditeurs, qu’ils soient de la région ou d’ailleurs, sont parfois informés, mais aussi désinformés, sans parler des mafias qui sévissent dans le secteur des ressources naturelles. Premièrement, l’AFC/M23 a interdit le signal de médias comme Top Congo FM[4] et le projet Sauti ya Wahami (Reporters sans Frontières, mars 2026)[5] dans ses zones de Rutshuru, car elle les considérait comme troublant l’ordre public. Certains journalistes ont été contraints de fuir vers l’Ouganda, et l’un d’entre eux n’a jamais été retrouvé. L’association Journaliste en Danger (JED) à Goma s’inquiétait de la situation. Deuxièmement, l’AFC/M23, qui a pris le contrôle de Goma et de Bukavu avec l’aide du Rwanda, a déjà prévenu les journalistes et contraint ceux qui communiquaient avec Kinshasa à fuir. D’autres sont devenus leurs alliés, diffusant leur propagande et utilisant les méthodes de dénigrement des « malign actors »[6] contre les Wazalendo, Kinshasa (le Président Félix Antoine Tshisekedi et Patrick Muyaya sont les cibles) , la Belgique et, autrefois, la MONUSCO. À Bukavu, une émission phare de sensibilisation citoyenne a été suspendue et les médias ont été convoqués par Lawrence Kanyuka Kingston. Cette entrave aux droits à l’information est liée à leurs activités dans le secteur minier. Peu d’informations sincères filtrent ; les journalistes sont interdits de se rendre dans les zones concernées, sauf ceux qui relaient leur propagande. Ceux qui se plaignaient hier auprès des médias internationaux d’être privés de la possibilité de faire valoir leurs opinions, d’influencer les opinions nationales, provinciales et internationales, se sont érigés en liberticides. Dans le cadre d’une collaboration avec les Rwandais, de nombreux journalistes étrangers se sont vu refuser leur accréditation, soit par les M23 eux-mêmes, soit sous l’influence des organes rwandais. Ces derniers ont également participé au filtrage des médias occidentaux qui n’ont pas accordé la parole aux rebelles alors qu’ils se trouvaient à Chanzu et Sabinyu, ou dont les correspondants ont publié des contenus les critiquant sévèrement. Un autre élément qui a limité. Puisque la plupart des journalistes étrangers passaient par Kampala ou Kigali pour entrer à Goma ou à Bukavu, ces deux pays, surtout les services rwandais, ont sensiblement influencé la gestion des titres d’accréditation, qu’ils soient payants ou non. D’autres journalistes, qui avaient auparavant obtenu des lettres d’accréditation, se sont vu refuser l’accès après la publication d’articles critiques. Quant aux médias associatifs, communautaires et confessionnels des entités de l’AFC/M23, ils sont étouffés par le niveau de violence et d’intimidation, car ils ne peuvent pas informer correctement les populations sous la domination de l’AFC/M23 et de son allié stratégique. Les médias publics, à l’instar de la RTNC à Goma et à Bukavu, sont pris en otage. Il suffit de voir le cas de Tuver Wundi, ancien directeur de programme resté longtemps à Goma, qui a fini par s’échapper quand il en a eu l’occasion, car il refusait de se soumettre aux occupants. Ses positions actuelles à la RTNC de Kinshasa montrent que les journalistes qui travaillent pour les médias d’État dans les zones contrôlées par le M23 ne sont pas libres ; ils ne diffusent que la version du M23 sur les chaînes publiques. Il faut rappeler qu’il était également arrêté[7] avant d’être relâché à son arrivée dans la capitale congolaise . Kinshasa fait l’apologie du chef de l’État et de son « Union sacrée de la nation », tandis que les médias publics de Bukavu et de Goma chantent en longueur de journée les prouesses de l’AFC/M23 et de ses « gouverneurs » rebelles autoproclamés : Bahati Musanganya pour le Nord-Kivu et Busu-Bwa-Ngwi Nshombo pour le Sud-Kivu.

Groupes armés wazalendo et les libertés d’informer et d’être informé

Moins conformistes et organisés que l’AFC/M23, les Wazalendo ont récemment opéré un tournant dans leurs pratiques de communication et leurs rapports avec les médias. Deux faits marquants méritent d’être connus. D’une part, il y a les évolutions récentes de l’information sur la guerre civile et leur point de vue, ainsi que leur rapprochement avec les forces gouvernementales. Ils sont consultés, rencontrent des journalistes pro-Kinshasa qui débarquent sur le terrain et commencent à partager des informations. Généralement, certains Wazalendo, à l’instar de l’AFC/M23, sont hostiles aux journalistes qu’ils ne connaissent pas, surtout s’ils viennent de l’étranger et qu’ils voient leurs numéros étrangers.

Contrairement aux journalistes locaux, ils souffrent de la diversité des points de vue et de l’accès aux informations auprès des acteurs opposés. Localement, peu de journalistes peuvent contacter les groupes armés et obtenir des informations s’ils n’ont pas d’ancrage social ou tribal auprès d’eux, ou s’ils ne sont pas intégrés à leurs dispositifs de communication. Connu pour donner la parole à tous les groupes armés afin d’informer au mieux ses auditeurs, le journaliste Thomson Undji Batangalwa a été arrêté par la coordination de la Coalition nationale du peuple pour la souveraineté du Congo (CNPSC) à Uvira, puis transféré à Baraka en janvier 2026[8]. Après des plaidoyers et le paiement d’amendes, il a été libéré. Il exerce actuellement son métier au sein des entités de Wazalendo. D’autres journalistes et médias en ligne pro-Banyamulenge, en raison de leur proximité avec les rebelles des hauts plateaux d’Uvira, critiquent rarement les combattants du Mouvement Républicain pour la Dignité du Peuple/Twirwaneho (MRDP/Twirwaneho), ce qui les fait passer pour des partisans. En mars 2025, les combattants Banyamulenge du MRDP/Twirwaneho ont capturé les villages de Mikenge 1 et 2, dans le secteur d’Itombwe, groupement de Basimukunje 1, et ont délibérément pillé et détruit la Radio Communautaire d’Itombwe (RCI). Les groupes armés sont liberticides : les droits à l’information et à l’accès à l’information ne sont exercés dans leurs zones d’influence que si les contenus ne les critiquent pas ni ne les dénoncent.

Constatations

Comment les Congolais peuvent-ils contraindre le gouvernement, les rebelles de l’AFC/M23, leur partenaire rwandais et les groupes armés Wazalendo (VDP ou RAD) à respecter le droit d’informer (pour les médias) et d’être informés (pour les auditeurs et tous les Congolais), que ce soit au sujet de leur quotidien, des problèmes locaux, de la gouvernance et de la sécurité ?Trois perspectives s’offrent à nous, sans être exhaustives.

Premièrement, les médias congolais (publics et privés) devraient s’affranchir de la propagande et se limiter aux faits. Si le RTNC de Kinshasa informait les Congolais et discutait des problèmes et des dérapages des services de renseignement congolais, ainsi que des arrestations arbitraires, il présenterait les versions opposées des problèmes et de leurs solutions. Les libertés de la presse, encadrées par une réglementation du ministre Patrick Muyaya Katembwe, privent les Congolais de vraies informations lorsqu’ils sont mis en cause ou que leurs services sont au cœur de scandales. Pire encore, pour de fausses raisons de sûreté et de défense, ils privent les Congolaises de leurs droits à l’information, ce qui les empêche de se protéger ou de prendre des décisions adéquates dans le contexte de la prise de villes par les rebelles et par l’occupant rwandais.

Deuxièmement, pour les médias qui peuvent opérer dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 et le Rwanda, au Sud-Kivu et au Nord-Kivu, il est essentiel de continuer à vérifier les informations reçues auprès de leurs sources locales, afin d’éviter les arrestations, les interpellations et les changements de grille de lecture. Cette politique de sauvetage est cruciale. En revanche, l’AFC/M23 et le Rwanda ont mis en place un système de contrôle et de surveillance des journalistes, de sorte que les informations critiques et compromettantes à leur sujet sont passibles de sanctions. Selon des sources au Rwanda, les connexions inter-organes entre l’AFC et le M23, ainsi que la communication rwandaise, viseraient à limiter l’accès de Bukavu, de Goma et de Rubaya aux journalistes critiques, ce qui constitue une atteinte à la liberté de la presse.

Troisièmement, de nombreuses pages YouTube et sites d’information en ligne ont été créées pour diffuser les messages des Wazalendo, sans qu’elles fassent partie de leurs dispositifs de communication ou de propagande, ni de ceux des FARDC. Peu sont disposés à faire varier leur point de vue par rapport à celui des officiels rwandais ou de l’AFC/M23, qui se réclament de la neutralité des radios. Les médias connus n’offrent pas cette possibilité ; le média rwandais IGIHE, actif dans les conflits congolais, a rarement donné la parole à des Congolais hostiles à Kigali ou à l’AFC/M23, mais prédisait en mars 2026 que la RDC était au bord de l’effondrement[9].

Ces pratiques sont problématiques. Cet article soutient l’argument selon lequel le droit d’informer, d’être informé, d’avoir ses propres opinions et de les exprimer, ainsi que le droit de les communiquer par les radios publiques ou privées, sont entravés par des motivations politiques, militaires, de défense et de sécurité, tant en RDC que dans les zones contrôlées par le gouvernement ou les rebelles, dans des proportions variables. En revanche, ni Kinshasa, ni les rebelles (AFC/M23) et leur allié, le Rwanda, ne sont disposés à faire varier leur point de vue auprès des médias. Ils craignent les critiques et les responsabilités, et sont en compétition. Ils limitent tous l’accès des journalistes étrangers qui les critiquent et veulent des médias en ligne qui s’inscrivent dans leur modèle d’armée numérique. Le droit d’être informé des questions de sécurité, du déroulement des attaques et des moyens de protection possibles pour les civils n’est pas garanti. Cela aurait pourtant pu épargner des vies de Congolais lors d’attaques et de progressions durant les affrontements. De plus en plus de travaux devraient s’intéresser au rôle des médias publics, privés, associatifs, communautaires et confessionnels dans la protection des civils dans un contexte de guerres civiles récurrentes en RDC.

RÉFÉRENCES

Actualité.cd, « Tuver Wundi, correspondant de JED à Goma et Directeur provincial de la Rtnc est détenu, depuis 48 heures, dans les locaux de l’ANR à Kinshasa », Actualite.cd, 29 août 2025, https://actualite.cd/2025/08/29/tuver-wundi-correspondant-de-jed-goma-et-directeur-provincial-de-la-rtnc-est-detenu.

Actualité.cd, « Gauthier Sey exige la comparution personnelle de Fally Ipupa et fait appel contre une décision du tribunal », Actualite.cd, 20 septembre 2023, https://actualite.cd/2023/09/20/gauthier-sey-exige-la-comparution-personnelle-de-fally-ipupa-et-fait-appel-contre-une.

 

Averticom, « Sud-Kivu : arrestation arbitraire du journaliste Thomson Undji à Baraka. », Averticom, 25 janvier 2026, https://averticom.net/details/sud-kivu-arrestation-arbitraire-du-journaliste-thomson-undji-a-baraka.

Faleg Giovanni et Kovalčíková Nad’a, Rising Hybrid Threats in Africa: Challenges and implications for the EU, European Union Institute for Security Studies (EUISS), 2022.

Gatabazi Tite, « La RDC aux frontières de l’effondrement », IGIHE, 25 mars 2026, https://fr.igihe.com/La-RDC-aux-frontieres-de-l-effondrement.html.

Kivutimes, « Rutshuru: La radio Top Congo interdite de diffuser dans la zone sous contrôle du M23 », Kivutimes, 15 février 2023, https://kivutimes.com/rutshuru-la-radio-top-congo-interdite-de-diffuser-dans-la-zone-sous-controle-du-m23/.

La-Croix.com, « En RD Congo, des médias sous la censure : « Nous devons travailler selon la ligne éditoriale du M23 » », La Croix, 20 février 2026, https://www.la-croix.com/international/en-rd-congo-des-medias-sous-la-censure-nous-devons-travailler-selon-la-ligne-editoriale-du-m23-20260220.

Reporters Sans Frontières, « RDC : en territoires occupés par le M23, le travail des journalistes déplacés une nouvelle fois censuré », RSF, 19 juillet 2023, https://rsf.org/fr/rdc-en-territoires-occup%C3%A9s-par-le-m23-le-travail-des-journalistes-d%C3%A9plac%C3%A9s-une-nouvelle-fois.

Reporters sans Frontières, Dans la peau d’un journaliste des Grands Lacs, Paris Cedex, Reporters sans Frontières, 2026.

Reporters Sans Frontières, « RDC : en territoires occupés par le M23, le travail des journalistes déplacés une nouvelle fois censuré », 19 juillet 2023, https://rsf.org/fr/rdc-en-territoires-occup%C3%A9s-par-le-m23-le-travail-des-journalistes-d%C3%A9plac%C3%A9s-une-nouvelle-fois.

 

 

JOSAPHAT MUSAMBA est doctorant à l’Université de Gand, chercheur au GEC-SH/CERUKI de Bukavu et assistant d’enseignement à l’ISDR de Mbandaka. Ses domaines de recherche sont les pratiques sécuritaires ; les guerres civiles contemporaines ; les groupes armés ; l’ordre social et l’exploitation des ressources naturelles. Il s’intéresse également à la politique sécuritaire des investissements chinois dans les zones touchées par les conflits armés . Il a co-réalisé le film Le Sang et la Boue.

X: @josaphatmusamba

Nuru-AFRIKA est un blog affilié au GECSH/CERUKI.

[1] Dans ce rapport , Reporters sans frontières établit que les présidents Félix Antoine Tshisekedi , Paul Kagame , Évariste Ndayishimiye, Samia Suluhu Hassan, etc., tuent la liberté de la presse. Alors que feu colonel Willy Ngoma, Lawrence Kanyuka et M. Corneille Nanga, du côté de l’AFC/M23, augmentent la marche dans le non-respect de la liberté d’informer, d’être informé et d’opinion, …

[2] Actualité.cd, « Gauthier Sey exige la comparution personnelle de Fally Ipupa et fait appel contre une décision du tribunal », Actualite.cd, 20 septembre 2023, https://actualite.cd/2023/09/20/gauthier-sey-exige-la-comparution-personnelle-de-fally-ipupa-et-fait-appel-contre-une.

[3] La-Croix.com, « En RD-Congo, des médias sous la censure : « Nous devons travailler selon la ligne éditoriale du M23 » », La Croix, 20 février 2026, https://www.la-croix.com/international/en-rd-congo-des-medias-sous-la-censure-nous-devons-travailler-selon-la-ligne-editoriale-du-m23-20260220.

[4] Kivutimes, « Rutshuru: La radio Top Congo interdite de diffuser dans la zone sous contrôle du M23 », Kivutimes, 15 février 2023, https://kivutimes.com/rutshuru-la-radio-top-congo-interdite-de-diffuser-dans-la-zone-sous-controle-du-m23/.

[5] Reporters Sans Frontières, Dans la peau d’un journaliste des Grands Lacs, Paris Cedex, Reporters sans Frontières, 2026 ; Reporters Sans Frontière, « RDC : en territoires occupés par le M23, le travail des journalistes déplacés une nouvelle fois censuré », RSF, 19 juillet 2023, https://rsf.org/fr/rdc-en-territoires-occup%C3%A9s-par-le-m23-le-travail-des-journalistes-d%C3%A9plac%C3%A9s-une-nouvelle-fois ; Reporters Sans Frontières, « RDC : en territoires occupés par le M23, le travail des journalistes déplacés une nouvelle fois censuré », 19 juillet 2023, https://rsf.org/fr/rdc-en-territoires-occup%C3%A9s-par-le-m23-le-travail-des-journalistes-d%C3%A9plac%C3%A9s-une-nouvelle-fois.

[6] Giovanni Faleg et Nad’a Kovalčíková, Rising Hybrid Threats in Africa: Challenges and implications for the EU, European Union Institute for Security Studies (EUISS), 2022, p. 5.

[7] Actualité.cd, « Tuver Wundi, correspondant de JED à Goma et Directeur provincial de la Rtnc est détenu, depuis 48 heures, dans les locaux de l’ANR à Kinshasa », Actualite.cd, 29 août 2025, https://actualite.cd/2025/08/29/tuver-wundi-correspondant-de-jed-goma-et-directeur-provincial-de-la-rtnc-est-detenu.

[8] Averticom, « Sud-Kivu : arrestation arbitraire du journaliste Thomson Undji à Baraka. », Averticom, 25 janvier 2026, https://averticom.net/details/sud-kivu-arrestation-arbitraire-du-journaliste-thomson-undji-a-baraka.

[9] Tite Gatabazi, « La RDC aux frontières de l’effondrement », IGIHE, 25 mars 2026, https://fr.igihe.com/La-RDC-aux-frontieres-de-l-effondrement.html.