
Qui sont les Gumino ? Enracinement social chez les Banyamulenge, marginalisation et Utetezi.
Introduction Le 8 novembre 2025, des images ont circulé sur les réseaux sociaux, notamment sur WhatsApp, montrant l’un des seigneurs de guerre de la communauté Banyamulenge des Hauts Plateaux, Désiré Fureko, ligoté avec ses combattants. Fureko, le visage ensanglanté, a été celui que le monde a vu, critiqué et commenté. Les Burundais, les FARDC et les Wazalendo le soupçonnaient d’appartenir aux MRDP/Twirwaneho et l’arrêtèrent sans savoir réellement qui il était ni comment il était lié aux Burundais, aux FARDC ou au mouvement armé GUMINO. Cette réflexion naît de ces images qui ont choqué plus d’une personne, y compris des Wazalendo de Kitoga et d’ailleurs qui le connaissaient bien et connaissaient les positions et les crédos idéologiques de ce groupe armé ancré dans la société banyamulenge. Qui sont-ils réellement ? Les Gumino sont des combattants armés issus de la communauté Banyamulenge. Ils sont d’abord des protecteurs locaux des Banyamulenge, mais ils se sont aussi opposés aux options de leurs confrères quant à leurs relations avec les autres groupes ethniques. Si ces derniers sont opposés à Kigali et à d’autres groupes, ils sont également victimes de marginalisation et de stigmatisation dans certaines zones. Depuis 2017, les hauts plateaux d’Uvira, de Mwenga et de Fizi sont le théâtre de conflits entre les groupes ethniques. Certains sont confrontés à des luttes et des résistances contre les politiques d’expulsion visant les groupes armés Bembe ou Fuliru, tandis que d’autres sont confrontés à leurs rapports avec les groupes armés burundais, notamment les RED-Tabara et les FNL. Tantôt ils créent des alliances, tantôt ils reçoivent des délégations de l’armée burundaise pour traquer leurs rebelles. Certains ont également fourni des renseignements. L’AFC/M23 a fait irruption dans la plaine de la Ruzizi, tandis que d’autres forces spéciales se dirigeaient vers les hauts plateaux. Les FDNB et les FARDC se sont repliés : certains sont allés à Uvira et à Fizi, d’autres sont rentrés chez eux au Burundi. Par ailleurs, les Gumino se sont davantage impliqués dans la défense de leurs membres, de leurs biens et de leurs populations. S’ils sont menacés par d’autres communautés, ils participent à des processus de dialogue depuis des années. Comme leurs dirigeants ne partagent pas les mêmes idées que ceux des MRDP/Twirwaneho, ils ont décidé de ne pas les rejoindre dans leur rapprochement avec l’AFC/M23 et le Rwanda. Nombre d’entre eux sont en effet la cible de menaces internes, notamment de la part de Rwandais, mais aussi de groupes armés qui ne les soutiennent pas, malgré leur adhésion aux approches « Utetezi » et « Uzalendo ». Ce papier est structuré autour de cinq points significatifs. Le premier décrypte le lien généalogique avec les FRF, le deuxième analyse son contrôle territorial ainsi que sa légitimité au sein de la société banyamulenge et dans ses villages, et le troisième montre son implication dans la lutte contre le tribalisme entre 2023 et 2024. Le quatrième point souligne son apport à la stratégie nationale d’endiguement de l’AFC/M23, malgré ses limites. Enfin, nous montrons le rôle du Burundi, qui a tenté d’opposer les Banyamulenge pour les contrôler et les dompter, mais les calculs de l’AFC/M23 et de ses alliés rwandais ont changé la donne. Généalogie et structures Formé à partir de combattants issus de la rébellion des Banyamulenge appelée les Forces républicaines fédéralistes, le groupe armé GUMINO a été présent sur tous les fronts pour protéger les Banyamulenge. Des Venant Bisogo à Richard Sebakanya (Tawimbi), en passant par des commandants comme Semahurungure Kimasi, puis par Alexis Shaka Nyamusaraba et Désiré Fureko, ces noms sont connus des Banyamulenge et des nombreux groupes armés locaux ou burundais. Certains ont travaillé avec eux, d’autres ont été arrêtés au Burundi et d’autres ont convoyé des expéditions de Burundais pour traquer leurs anciens alliés, les Mai-Mai locaux. Ces derniers ont plusieurs fois pillé les vaches des Banyamulenge, et vice versa. Sachant qu’ils ont des liens généalogiques avec leurs ancêtres communs, les « Abageriye », les Gumino étaient plus structurés en tant que groupe armé que les Twirwaneho avant les années 2020. Certains ont été accusés de crimes contre l’humanité et de guerre, tandis que d’autres ont été consacrés en héros, à l’instar de feu Semahurungure Kimasi, pour ses loyaux services rendus à la communauté banyamulenge, menacée de toutes parts par des attaques des Mai-Mai. Ils sont structurés en branches militaires, politiques, de mobilisation et de ravitaillement, et entretiennent des liens avec la diaspora dans la région des Grands Lacs. Ils reçoivent, comme les MRDP/Twirwaneho, le soutien de leur diaspora et collectent des fonds dans les villages, comme tous les autres groupes armés. Contrôle territorial et légitimité En ce qui concerne le contrôle territorial et le soutien populaire à leur lutte, les Gumino sont présents dans les chefferies des Bafuliru et des Bavira. Il faut toutefois noter que leur rivalité avec les MRDP/Twirwaneho ne leur a pas été favorable, car ils sont moins nombreux que ces derniers. Autrefois basé à Kajembwe, leur état-major général est désormais basé à Runwera, dans le groupement de Kigoma, ainsi que dans les entités sous leur contrôle : Bibangwa, Bijojo et Runwera. Plus de quatre colonels chapeautent ces entités, placées sous la direction de Désiré Fureko. Si certains Banyamulenge considèrent cette rébellion comme « impopulaire », des sources internes confirment qu’elle compte 150 combattants. Il est important de redouter un groupe armé de plus d’une centaine de combattants formés à l’art de la guerre. Par ailleurs, ils ont construit leur légitimité au fil du temps, d’abord au sein de la société et des clans Banyamulenge, puis en reliant la guerre contre l’AFC/M23 à la stratégie nationale d’endiguement des insurgés soutenus par les Rwandais. En protégeant les Banyamulenge et en promouvant leur sécurité ainsi que leur accès aux marchés, ils ont construit leur légitimité, qui a toutefois été contestée par certains. Ces derniers les considèrent comme des traîtres, car ils sont proches du gouvernement de Félix Antoine Tshisekedi, qui, avec son armée, a conçu un plan visant à les exterminer, ainsi que les Wazalendo. Les Gumino ont fait partie de la Réserve armée de