La reconquête de l’« anneau/ Minembwe » et de sa capitale opérationnelle, Madegu : analyse critique de la contre-productivité stratégique des « méthodes Kongolo »

La reconquête de l’« anneau/ Minembwe » et de sa capitale opérationnelle, Madegu : analyse critique de la contre-productivité stratégique des « méthodes Kongolo »

Introduction

Dans une publication parue en septembre 2026, le programme Critical Threats[1] faisait état de pertes significatives enregistrées par les forces burundaises sur le théâtre des hauts plateaux de Mwenga, d’Uvira et de Fizi. Selon cette source, au moins 150 soldats auraient été neutralisés au cours d’opérations militaires ayant conduit à l’échec de plusieurs objectifs assignés dans le cadre de la reconquête de l’« anneau de Minembwe » et de son centre névralgique, Madegu de 2024 à nos jours, ce que les sources sécuritaires contradictoires contestent «C’est trop exagérer, depuis juin à maintenant, la FDNB n’a pas perdu au-delà de 50 soldats »[1].Alors que les FARDC et leurs alliés se sont initialement repliés vers Point-Zéro avant de reculer davantage en direction des villages d’Abala et de Nakiele, situés dans le groupement de Balala-Nord, les forces de l’AFC/M23 et leurs alliés ont considérablement complexifié l’environnement opérationnel au cours des derniers jours. La présente note vise à répondre à plusieurs interrogations centrales. Pourquoi la coalition gouvernementale n’est-elle pas parvenue, à ce jour, à reprendre le contrôle de l’anneau de Minembwe ? Dans quelle mesure l’action ou les interférences de certains conseillers de la présidence de la République ont-elles contribué à l’échec de la reconquête de plusieurs positions stratégiques situées dans cet espace ? Comment expliquer que les FARDC, aujourd’hui empêchées d’emprunter l’axe forestier de Mitumba ou de regagner des localités telles que Point-Zéro, Tubwetubwe, Ngezi, Mikenge et, plus encore, Madegu, centre administratif de l’actuel territoire des hauts et moyens plateaux de Minembwe, aient pourtant occupé durablement ces zones quelques années auparavant ?

Entre 2020 et mars 2025, la 33ᵉ région militaire était déployée dans cet espace aux côtés de la 12ᵉ Brigade d’intervention rapide [2]. Cette dernière disposait d’un quartier général établi à Madegu-Centre, tandis qu’un détachement était stationné à Mikenge I, à proximité de l’antenne Vodacom. Plusieurs positions des FARDC étaient disséminées dans les environs, profitant notamment du contrôle offert par une colline dominant le village. Sur les versants se trouvait également un camp de déplacés internes banyamulenge, localisé à proximité de la base de la Mission de Nations unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO). Durant cette période, les forces gouvernementales faisaient régulièrement face aux offensives des combattants Twirwaneho, aujourd’hui intégrés au Mouvement de Républicain pour la dignité du peuple (MRDP)/Twirwaneho, un acteur disposant d’une connaissance approfondie de la géographie et des dynamiques locales. Depuis 2025, l’alliance AFC/M23-MRDP, présentée par certaines sources comme étant dirigée par le citoyen américain Dr Kaniki Rukema Freddy selon Enock Ruberangabo Sebineza[2], a progressivement consolidé son contrôle territorial, limitant fortement toute réintégration des FARDC dans cet espace. Après avoir été délogées, les unités gouvernementales se sont repliées successivement vers Point-Zéro, Mukera, puis vers le quartier général régimentaire établi au chef-lieu du territoire de Fizi. La prise de la ville d’Uvira à la fin de l’année 2025 et au début de l’année 2026 a modifié de manière substantielle les rapports de force régionaux. Cet événement a permis aux Banyamulenge de desserrer l’étau géographique qui limitait leur mobilité entre les territoires de Fizi, Mwenga et Uvira. Il a également favorisé la reconnexion des réseaux commerciaux et communautaires affectés par les dispositifs de contrôle et de blocus[3] instaurés par les FARDC et la Force de défense nationale du Burundi (FDNB).Toutefois, le retrait partiel observé par la suite dans la ville et le territoire d’Uvira a constitué un revers important pour cette dynamique.

Malgré ces évolutions, la coalition AFC/M23 est parvenue à se réorganiser et à renforcer sa présence dans les hauts plateaux d’Uvira, notamment grâce à l’existence de voies d’approvisionnement et de mobilité passant par Kaziba et Kitoga. Alors même que les différentes parties engagées dans le conflit participaient à des discussions portant sur un éventuel cessez-le-feu, l’AFC/M23 et ses alliés poursuivaient la consolidation de leurs positions sur les points stratégiques de l’anneau de Minembwe et de sa capitale opérationnelle, Madegu. Ce processus s’est accompagné du déploiement de nouvelles ressources humaines, matérielles et technologiques, mais également d’initiatives destinées à renforcer leur acceptabilité sociale auprès des populations locales. Des délégations du mouvement ont ainsi séjourné à Madegu et à Point-Zéro en juillet 2026, apportant notamment des médicaments et divers services à caractère communautaire. Dans ce contexte, la reconquête de l’anneau de Minembwe, espace situé à l’intersection des groupements de Basimukindje I et II dans le territoire de Mwenga, de Balala-Nord, Basilocha et Basimunyaka-Sud dans le territoire de Fizi, ainsi que du groupement de Bijombo dans le territoire d’Uvira, a connu de multiples rebondissements militaires et politiques. Cette note se propose d’en décrypter les principales dynamiques. Elle examinera d’abord les progrès réalisés au cours des contre-offensives menées par les forces spéciales des FARDC. Elle analysera ensuite les interférences attribuées au conseiller spécial du Chef de l’État, Jacques Kongolo Bigirumwami, ainsi que les limites stratégiques de ses méthodes d’intervention. Enfin, elle évaluera les rapports de force observables sur les différents théâtres d’opérations, où chaque position revêt une importance stratégique déterminante pour les unités engagées sur les lignes de fronts.

Malgré les attaques subies et les replis stratégiques effectués, la coalition gouvernementale n’a pas renoncé à ses efforts, bien que ses alliés salvadoriens aient également mis fin à leur contrat. Affaiblie, elle a adopté une posture essentiellement défensive. Toutefois, entre les mois de mars et de mai 2026, les FARDC ont repris des contre-offensives contre les positions occupées par le MRDP/Twirwaneho et l’AFC/M23. Ces opérations ont permis la reconquête de plusieurs villages constituant des points stratégiques de manœuvre et revêtant une importance décisive, précédemment contrôlés par l’AFC/M23 et le MRDP/Twirwaneho. Cette reconquête a également bénéficié de la connaissance approfondie de la région détenue par un commandant ayant longtemps opéré dans cet espace : « Pendant ce temps, l’ennemi nous attaquait aussi, mais nous avons bénéficié du concours d’un commandant qui connaissait bien la région, le Colonel X. Il savait où nous devions passer en cas de contre-attaques de l’ennemi »[3]. La combinaison des opérations terrestres et aériennes a procuré un avantage aux FARDC et à leurs alliés, leur permettant de reprendre les villages de Mikenge I et Mikenge II, puis de progresser vers Marunde, Bikunchi et Kipupu, délogeant ainsi l’AFC/M23, le MRDP/Twirwaneho ainsi que les éléments de leurs alliés RDF du groupement de Basimukindji I. Au sud de Madegu, les forces gouvernementales ont repris les villages de Kakenge II et poursuivaient leur progression en direction de Kakenge I ainsi que, probablement, vers les environs du village de Runundu (village minier)[4]. Au nord-est, elles ont consolidé leurs positions à Mukoko avant d’avancer lentement mais continuellement vers les villages de Kalingi II et Kalingi I. À mesure que ces avancées se poursuivaient, les FARDC contrôlaient les points clés des villages situés autour des verrous stratégiques de Madegu. En fait, les villages de Bidegu étaient sous leur contrôle, ce qui les a conduits à poursuivre leur progression vers Ilundu, un point qui s’est révélé particulièrement fatal pour elles. Dès lors, une interrogation demeure : comment les drones de l’AFC/M23 et des RDF ont-ils fait la différence au point de leur conférer une ascendance opérationnelle sur des forces loyalistes en débâcle ?

Apaiser la communauté ou l’« Akagara » ?

L’Akagara est l’appellation que les Banyamulenge attribuent à une frange minoritaire de leur communauté qui soutient Kinshasa et le Burundi dans cette guerre. Des personnalités telles qu’Alexis Gisaro, Erick Ruberangabo Sebineza, Ganza Gasore ainsi que l’artiste Gallas sont ainsi classées dans cette catégorie, tout comme certains membres de la diaspora. Pour les Banyamulenge favorables au Rwanda, à l’AFC/M23 et, actuellement, à leur alliance avec les RED-Tabara, les Akagara sont perçus comme des traîtres ou des propagateurs d’illusions[5], dans la mesure où ils défendraient, selon eux, des acteurs responsables des violences subies par leurs familles. À l’inverse, les personnes ainsi désignées justifient leur position par leur refus de servir les agendas du Rwanda, considéré comme un pays envahisseur de leur Congo natal. Parmi ces figures figure notamment Jacques Bigurumwami Kongolo. Nommé par le Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi, au poste de conseiller en matière de cohésion sociale et communautaire, Kongolo ne fait toutefois pas l’unanimité au sein des élites militaires, en particulier parmi les unités spéciales des Hiboux et des Serpents, ainsi qu’au sein de la FDNB, où ses méthodes sont moins appréciées. Selon certains de ses détracteurs, les nominations fondées sur des considérations de satisfaction communautaire nuiraient à l’efficacité opérationnelle : « ces nominations nous ont prouvé le contraire. Elles influencent nos performances. Aujourd’hui, on a besoin d’une personne qui connaît la carte et sait élaborer une stratégie. On ne peut pas nommer quelqu’un pour faire plaisir à un groupe ou à une communauté pendant que nous perdons des hommes »[4], affirme notre interlocuteur. Par ailleurs, les méthodes de Kongolo sont perçues par certains observateurs comme une forme de théâtralisation de sa présence à Uvira et à Bibokoboko, notamment lors de ses apparitions aux côtés du commandant de la CNPSC, William Amuri Yakutumba ou des Wazalendo, devant des Banyamulenge qui les accusent d’être responsables de tueries et de massacres. Selon une source burundaise et une des forces spéciales, il aurait progressivement perdu le soutien de la FDNB ainsi que celui des unités des Hiboux, lassées de ses méthodes. Un interlocuteur résume cette appréciation en ces termes : « C’est l’échec, de A à Z. C’est l’échec, il n’y a rien. Ses méthodes ne nous ont aidés en rien ; au contraire, elles nous ont fait du mal, ni Bintu bya Chanana »[5].

« Sérieusement tapés! »

Comme indiqué précédemment, les FARDC ont perdu plusieurs soldats entre juin et  juillet 2026. Comment cette évolution a-t-elle été possible ? Au-delà des explications d’ordre technologique, tactique et liées aux manœuvres militaires, les approches de Jacques Bigirumwami Kongolo apparaissent, selon certaines sources, comme ayant été particulièrement préjudiciables. Constatant les avancées des FARDC dans les villages de l’anneau de Minembwe et anticipant que les objectifs militaires consisteraient à reprendre sa capitale, Madegu, à contrôler l’aéroport Gisaro de Kiziba ainsi qu’à sécuriser les principaux points de manœuvre susceptibles de limiter les attaques du MRDP/Twirwaneho, de l’AFC/M23 et de leurs alliés des RDF, les forces engagées poursuivaient leur progression. Toutefois, ces objectifs ne furent jamais atteints et les forces spéciales congolaises ainsi que la FDNB enregistrèrent des pertes importantes. Selon une source, lors d’une réunion, le conseiller spécial du Chef de l’État aurait instruit les unités engagées sur les lignes de front de suspendre leur progression vers les objectifs fixés, estimant qu’il convenait de lui laisser le temps de négocier avec ses « frères banyamulenge ». Si cette démarche pouvait apparaître légitime dans son principe, elle aurait néanmoins produit des effets stratégiques défavorables aux FARDC. Contesté au sein de larges segments de la communauté banyamulenge, notamment parmi les groupes associés au MRDP/Twirwaneho, à l’AFC/M23 et aux RDF, Jacques Bigirumwami Kongolo souffrirait d’un déficit de popularité et de légitimité susceptible de limiter sa capacité à convaincre les forces en présence de déposer les armes et d’accepter le retour de leurs adversaires. Dans ces conditions, plusieurs observateurs s’interrogent sur les fondements des assurances accordées par Kinshasa à l’égard de cette médiation. Déjà libéré par l’AFC/M23, bénéficiant, selon certaines sources, d’une protection assurée par des structures rwandaises et de l’AFC/M23, puis installé dans un territoire détaché du contrôle direct du M23, Jacques Bigirumwami Kongolo apparaissait, aux yeux de ses détracteurs, dans une position peu propice à l’exercice d’une médiation crédible. Pendant ce temps, les forces gouvernementales faisaient face à une pression militaire croissante de leurs adversaires, lesquels poursuivaient l’acheminement de matériel militaire, renforçaient leur dispositif d’encerclement et planifiaient des manœuvres destinées à contourner les positions des FARDC afin de couper leurs axes de retrait et de ravitaillement. Comme l’affirme une source : « Pendant que ce Kongolo nous disait d’attendre les résultats de ses négociations, l’avion de l’ennemi effectuait des rotations à Minembwe; lui et ses alliés allaient nous couper les voies de ravitaillement et des renforts »[6]. À cela s’ajoute, selon les mêmes sources, la volonté attribuée à Jacques Bigirumwami Kongolo et à son entourage de présenter la situation comme dépourvue de tensions majeures, alors même que les FARDC continuaient d’enregistrer des pertes sur le terrain. Cette lecture est contestée par certains militaires qui s’interrogent sur la permanence d’un discours assimilant le Twirwaneho à un simple groupe de civils armés alors que, selon eux, ses capacités militaires demeurent significatives. Une autre source déclare : « Ils veulent montrer au monde que ces gens sont des civils et qu’ils n’ont pas de problèmes avec nous, alors que nous nous faisons sérieusement tuer sur le terrain. »[7] La position de Jacques Bigirumwami Kongolo semble ainsi faire l’objet de contestations multiples. D’une part, il serait critiqué par certaines unités engagées sur les lignes de front ; d’autre part, il ferait également face à une hostilité croissante au sein de sa propre communauté. Selon une source basée à Kinshasa, il se serait progressivement retiré de l’espace public et médiatique. Il convient de rappeler qu’il fut vice-président de l’association communautaire banyamulenge Gakondo avant de se rapprocher du groupe d’Alexis Gisaro puis du régime en place. Par ailleurs, diverses accusations portent sur la détention présumée d’une identité rwandaise, tandis que sa famille résiderait au Rwanda. Bien qu’il conteste ces allégations, plusieurs sources banyamulenge établies aux États-Unis, à Bruxelles et à Kigali soutiennent que sa carte d’identité rwandaise serait authentique. Avant sa nomination à ses fonctions actuelles, Jacques Bigirumwami Kongolo, également désigné sous le nom de « Kongoro », vivait comme réfugié dans un camp à Addis-Abeba, où il aurait rencontré le Chef de l’État à l’occasion de missions menées auprès de l’Union africaine.

Ba «Kinanguvu»

L’expression « Ba Kinanguvu », utilisée dans la ville de Goma pour désigner les membres de l’AFC/M23, signifie littéralement « les dominants/puissants ». Elle est mobilisée ici afin de contextualiser les rapports de force actuels qui s’exercent à différents niveaux. Premièrement, ces rapports de force s’observent à travers la question du contrôle territorial. Bien que le village de Point-Zéro soit actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23, du MRDP/Twirwaneho et de leurs forces alliées, les coalitions récemment établies avec les RED-Tabara ont facilité l’extension de leur emprise territoriale. En connectant leurs différents théâtres d’opérations, ces forces ont consolidé leurs positions dans les quatre ou cinq principaux espaces opérationnels identifiés à ce jour, notamment Point-Zéro, Bijombo, Rugezi et, plus récemment, Magunda. Bien que la destruction de l’avion ait réduit les capacités logistiques de combat, cette coalition a réadapté ses méthodes et ses modes d’action sur cet axe. Pour une source bien informé de la région « le crash du 27août 2026[6] aurait été l’œuvre des Wazalendo, celui-ci avait emprunté un itinéraire de l’espace ennemi »[8]. Par ailleurs, la coalition s’appuie sur des drones de dernière génération ainsi que sur diverses manœuvres logistiques visant les positions tenues par les FARDC. Ces drones ont infligé des dommages aux FARDC, à la FDNB et aux groupes Wazalendo, les derniers acteurs touchés étant les mercenaires américains et néo-zélandais. Bénéficiant d’un système rwandais de surveillance à distance (Remote control) par radars, cette coalition exerce une influence significative sur l’espace des hauts plateaux de Minembwe. Deuxièmement, ces rapports de force relèvent également de la guerre technologique. Ce type d’opérations est devenu courant dans cette zone. Si les FARDC et leurs alliés sont parvenus à reprendre l’initiative en abattant l’avion adverse, la maîtrise complète de cet espace demeure difficile. À Point-Zéro, les affrontements se poursuivent ; à Rugezi, les attaques restent récurrentes ; et vers Magunda, les recompositions territoriales se multiplient. En revanche, à Madegu, Kivumu et Kiziba, les populations banyamulenge semblent être relativement épargnées. L’analyse de ces rapports de force demeure essentielle dans la mesure où ils reconfigurent simultanément les dynamiques de contrôle territorial, la maîtrise de l’espace aérien ainsi que les capacités liées à l’utilisation des drones[7] et des systèmes anti-drones. Comme l’illustrent les évolutions observées sur le terrain, certaines forces développent des formes d’interopérabilité, tandis que d’autres demeurent engagées dans des processus de confrontation, de compétition et de réalignement stratégique.

Conclusion

Centrée sur le décryptage des « méthodes de Kongolo » dans les tentatives de reconquête de l’anneau de Minembwe et de sa capitale, Madegu, la présente analyse permet de dégager plusieurs constats. Premièrement, les interférences du conseiller, y compris dans le domaine de la sécurité du Chef de l’État, ont eu des effets néfastes sur la stratégie militaire. Pendant qu’il menait des négociations, les opérations militaires ont ralenti, offrant ainsi à l’AFC/M23 et à ses alliés le temps nécessaire pour réorganiser une contre-offensive amorcée, sans surprise, par l’usage de drones. Ces derniers ont fait la différence sur le terrain et ont contraint les Hiboux à se replier après avoir subi des pertes humaines. Les troupes burundaises venues en renfort sont également tombées dans ce piège. L’arrivée des mercenaires a contribué à stabiliser l’espace aérien et à freiner les avancées du M23 contre les FARDC, au point de permettre à ces dernières de reprendre certains villages. Deuxièmement, Kongolo serait désavoué par des soldats congolais et burundais qui l’auraient abandonné, dénonçant des méthodes jugées irréalistes alors que des militaires en supportent les conséquences. Dialoguer sans disposer de la légitimité nécessaire ne permettra pas de résoudre les problèmes tant que les adversaires continueront à tuer les forces spéciales Hiboux, les militaires de la FDNB et les Wazalendo. Une plus grande capacité de discernement s’avère nécessaire. Si la coordination des théâtres d’opérations relève de l’art opératif, les acteurs civils devraient intervenir sur d’autres dimensions plutôt que de ralentir les calculs stratégiques des FARDC. Troisièmement, les théâtres d’opérations de cette région demeurent particulièrement complexes. Ils se caractérisent par l’existence de coalitions militaires interopérables et semi-interopérables, ce qui produit des logiques de combat variées. Dans la mesure où l’anneau de Minembwe demeure à la fois un enjeu majeur et un objectif militaire pour la coalition gouvernementale, celle-ci devrait tenir compte de la question de sa légitimité auprès des populations qui ne souhaitent pas son retour. Du côté de la coalition articulée autour de l’AFC/M23 et des forces alliées, notamment les RDF, la protection des Banyamulenge constitue l’une des priorités et sera poursuivie au prix de diverses manœuvres. Les risques de fractures intra-Akagara sont tels que l’on peut craindre que Kongolo perde progressivement ses soutiens et se retrouve réduit à un rôle de conseiller de bureau. De même, recevoir les Wazalendo à Kinshasa sans progrès substantiels dans la gestion des conflits opposant les communautés autour des pouvoirs locaux, notamment entre les Banyamulenge, les Bembe, les Fuliru et les Nyindu, ne produira aucun changement significatif.

Références

[1]        Y. Ford (sept. 01, 2026) The Burundian Factor: Africa File Special Edition. [En ligne]. Disponible : https://www.criticalthreats.org/analysis/the-burundian-factor-africa-file-special-edition?utm_campaign=22139245-FDP_NLR%20CTP%20Africa%20File&utm_medium=email&_hsenc=p2ANqtz-9tOb-eGupr7vW6-oGqKoMR7WqIkDdqNvcETcBuHN171jbC6QO-W2u1p2GUKfeDRoF5suOXOg8VirFFcJoWVcIfntIG6VoUzUYNmULSMGxqslHjl_o&_hsmi=436540424&utm_content=436540424&utm_source=hs_email

[2]        J. Musamba, août 21, 2025 « Réalignement des Twirwaneho/Banyamulenge et relecture du contexte socio-sécuritaire dans les hauts plateaux d’Uvira, de Fizi & Mwenga. » [En ligne]. Disponible : https://nuru-grandlac.be/realignement-des-twirwaneho-banyamulenge-et-relecture-du-contexte-socio-securitaire-dans-les-hauts-plateaux-duvira-de-fizi-mwenga/

[3]        J. Musamba (nov. 23, 2025) La FDNB au Sud-Kivu : entre la traque, le blocus comme décision stratégique et des actions de rapprochement entre les communautés en conflit. [En ligne]. Disponible : https://nuru-grandlac.be/la-fdnb-au-sud-kivu-entre-la-traque-le-blocus-comme-decision-strategique-et-des-actions-de-rapprochement-entre-les-communautes-en-conflit/

[4]        J. Musamba, L. Nakitumba, et L. Mukwatwa Halisi, nov. 11, 2025 « Sud-Kivu : l’exploitation aurifère au cœur des conflits ethniques. » [En ligne]. Disponible : https://nuru-grandlac.be/sud-kivu-quand-lor-attise-les-rivalites-ethniques-enquete-sur-lheritage-explosif-de-transafrika-drc/

[5]        P. Kabudogo Rugaba, mai 16, 2026 « Akagara : les marchands de l’illusion et les courtiers de la destruction des Banyamulenge. » [En ligne]. Disponible : https://paixensemble.com/akagara-les-marchands-de-lillusion-et-les-courtiers-de-la-destruction-des-banyamulenge/

[6]        Radio Okapi (août 27, 2026) ​Un avion supposé de la coalition l’AFC-M23- RDF abattu par les FARDC près de Minembwe. [En ligne]. Disponible : https://www.radiookapi.net/2026/08/27/actualite/securite/un-avion-suppose-de-la-coalition-lafc-m23-rdf-abattu-par-les-fardc

[7]        C. Joseph, « Les drones militaires , portes d’entrée de la puissance turque en Afrique, » IRSEM, Paris, Rapport technique 133, déc. 2022. [En ligne]. Disponible : https://www.irsem.fr/storage/file_manager_files/2025/03/nr-irsem-133-joseph-drones.pdf

Josaphat Musamba est Doctorant à l’Université de Gand, chercheur au GECSH et assistant d’enseignements à l’ISDR/Mbandaka.


[1] Entretien réalisé avec un FDS1, 2 octobre 2026

[2] Selon une source de la communauté, Enock Sebineza aurait également deux enfants dont l’un serait naturalisé Américain et l’autre Britannique. Elle s’interroge pourquoi s’en prendre à Dr Kaniki Rukema Freddy ?

[3]  Entretien réalisé avec une FDS2, 1er octobre 2026

[4] Entretien réalisé avec un FDS1, ibid.

[5] Idem.

[6] Entretien avec FDS2 , Ibid.

[7] Entretien réalisé avec FDS3, 1octobre 2026

[8] Entrevue réalisée avec Ch1, 3 octobre 2026